Don Giovanni de retour à Clermont-Ferrand

Emmanuel Andrieu 16/01/2017
Après avoir été étrennée à la maison de la culture de Clermont-Ferrand en 2012, la production de Don Giovanni de Mozart signée par Pierre Thirion-Vallet – le maître des lieux – reprenait du service dans l’espace plus restreint de l’Opéra-Théâtre réouvert (et rénové) depuis.

Disposant en effet d’une jauge de 600 places, la charmante bonbonnière à l’italienne a imposé d’évidentes contraintes aux réalisateurs, tant d’un point de vue acoustique que scénique. Habitués à travailler ensemble, Pierre Thirion-Vallet, Frank Aracil et Véronique Henriot (pour les costumes) font preuve d’une grande cohérence dans leurs propositions respectives. Le décor tripartite de Frank Aracil – composé d’un long coffrage et de deux parois coulissantes, ornés d’un implacable cadran d’horlogerie, le tout dans une couleur rouge sang – apparaît comme le pilier central autour duquel se construit le spectacle, il en pose le principe : Don Giovanni ou la course à l’abîme.

Amaury du Closel, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Timisoara, propose une lecture qui fait corps avec le projet scénique. Priorité donnée au rythme, à la vivacité, à la rapidité, qualités non négligeables, mais il semble qu’il ne maîtrise pas encore l’acoustique de cette petite salle. L’orchestre y est constamment trop bruyant. C’est là une conception plus volontariste que sensuelle : on chercherait en vain la tendresse de la musique mozartienne qui se cache sous la passion de Don Giovanni.

Outre l’homogénéité d’une distribution jeune et motivée, pour les deux-tiers française, la surprise nous vient du baryton italien Leonardo Galeazzi qui fait preuve d’une belle aisance scénique et campe un Leporello au timbre superbe et généreux, d’une fraîcheur réjouissante. Il focalise l’attention au détriment du rôle-titre un peu pâle du baryton français Till Fechner. De son côté, la basse polonaise Piotr Lempa est mieux distribuée en Masetto qu’en Commandeur vindicatif car son timbre n’a pas la noirceur et la profondeur qu’on associe généralement aux revenants d’outre-tombe. Quant au Don Ottavio de Guillaume François, il s’avère par trop appliqué, et l’on cherchera en vain, dans la voix, les contours, les reflets et les couleurs attendus dans cette partie.

Côté dames, en Donna Anna, la jeune Judith Fa, avec son timbre capiteux, reste maîtresse de la situation jusque dans les chaînes de vocalises de son deuxième air. Magali Paliès, Zerlina dans cette même production en 2012, campe ici une Elvira à la voix fière, généreuse et vibrante et, malgré le handicap que lui impose la mise en scène qui la fait se déplacer avec une canne, elle manifeste un aplomb saisissant dans un rôle qui peut vite devenir ingrat. Enfin, la Zerlina sensuelle et perfide de Sophie Boyer convainc par la diversité de sa palette de nuances et la franchise d’une émission toujours ronde. (10 janvier)

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