A l’Opéra Bastille, reprise de La Flûte enchantée

Philippe Thanh 24/01/2017

Le spectacle signé Robert Carsen, déjà présentée en mars 2014 (lire ici) et reprise en 2015, revient à nouveau sur la scène de l’Opéra de Paris. Si on a connu le metteur en scène canadien plus inspiré, le Singspiel de Mozart retrouve de la fraîcheur grâce à avec une distribution vocale de premier plan (au moins pour les rôles principaux).

Où est passée la fraîcheur de la première mise en scène de La Flûte enchantée par Carsen, au Festival d’Aix-en-Provence, en 1994 ? Ici, la mort est omniprésente avec ces tombes fraîchement creusées, les Trois Dames en tenue de deuil, Monostatos et les siens en fossoyeur, pelle à la main, Sarastro lui aussi tout en noir… Que le duo antagoniste que ce dernier forme avec la Reine de la nuit devienne un vrai couple aimant n’a évidemment plus rien à voir avec les intentions de Mozart.

Dans la fosse, œuvre Henrik Nanasi, solide chef qui sait son Mozart (il est la tête du Komische Oper de Berlin) et donne à cette Zauberflöte un allant et une fraîcheur bienvenus. En accord avec une distribution marquée par le Tamino lumineux du ténor français Stanislas de Barbeyrac, dont la voix passe aisément la fosse (ce n’est pas le souvenir que nous avait laissé son prédécesseur en 2014). Sa Pamina, Nadine Sierra, lui répond sur le même registre, d’une élégance toute mozartienne, quasi angélique. Entre deux Lohengrin (lire ici). la basse René Pape vient incarner un Sarastro d’une grande noblesse, sonore et stylé, tandis que Michael Volle est un Papageno, vocalement impeccable, mais un peu mûr pour le personnage. Quant à Albina Shagimuratova, c’est une vraie Reine de la nuit, soprano dramatique colorature, avec un timbre riche et corsé, des suraigus crânement assurés, en somme une présence. (24 janvier)

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Commentaires

  • Représentation du 20 février 2017: D’accord avec le commentaire sur les voix, exceptionnelles. Un petit pincement au coeur en retrouvant José van Dam qui a enchanté de belles soirées autrefois (un Leporello somptueux dans les noces de Strehler: ça, c’était une mise en scène!). J’ai trouvé l’ouverture un peu poussive. Mais là où ça ne va pas, c’est bien la mise en scène de Carsen; encore une fois: comme Strehler était lumineux à son époque! Bien sûr, ça fait un peu vieux con (comme c’était mieux avant!), mais pour le coup c’est évident. Cette génération de metteurs en scène d’opéra (je pense aussi au Cosi fan tutte, au Lohengrin et au metteur en scène polonais dont je ne veux pas me souvenir du nom et qui met du plexiglas partout: ils devraient tous disparaître dans les oubliettes de Sarastro à l’instar de la reine de la nuit. Car c’est là que le bât blesse: l’interprétation de Carsen n’en est pas une, c’est une malversation. Pour Mozart et Schikadener il n’y a pas de réconciliation possible entre le bien et le mal. Sarastro et la reine se donnant la main: ridicule. Mais qui sont ces gens prétentieux à vouloir imposer leur vision erronée d’un opéra. S’ils ont des choses à dire, ils n’ont qu’à écrire eux-mêmes des pièces de théâtre, des opéras, des romans, ils n’ont rien à faire sur les plateaux! En fait, c’est bien l’air du temps: le politiquement correct est à l’oeuvre une fois de plus. Il faut une réconciliation finale, qui n’était pas voulue par Mozart. Non, les forces du bien et du mal doivent s’affronter, pour Mozart, c’est le bien qui l’emporte, mais à travers tout un rituel mystérieux dont Goethe a fait une lecture passionnante dans Wilhelm Meister. Mais Monsieur Carsen n’est sans doute pas assez cultivé pour mettre tout cela en parallèle. La prochaine fois, il voudra sans doute sauver un Don Juan dont il aura fait auparavant une icône LGBT. Quelle époque de merde!

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