A Lyon, une Jeanne d’Arc au bûcher décapante

Emmanuel Andrieu 30/01/2017
Une fois de plus, l’Opéra de Lyon a créé l’événement avec Jeanne d’Arc au bûcher, “mystère lyrique” d’Arthur Honegger confié, pour la mise en scène, au sulfureux Romeo Castellucci.

Rarement mis en scène, l’oratorio d’Honegger s’inspire de la prose très lyrique de Paul Claudel. Loin de s’en tenir à une simple illustration, Romeo Castellucci opte pour une proposition radicale et décalée, reléguant le mythe derrière un réseau de références esthétiques. On pourra s’étonner de cette longue scène introductive durant laquelle un concierge chargé du ménage dans une salle de classe, pousse les tables et les chaises pour se barricader. La suite fait défiler toute une série d’images surréalistes qui donnent à voir la transformation de ce personnage en Jeanne d’Arc, non pas une héroïne en armure et étendard mais une comédienne nue et hallucinée.

Il fallait une actrice de la trempe d’Audrey Bonnet – une familière de Castelluci – pour incarner la Pucelle. Elle répond au défi de son pygmalion avec une palette histrionique exemplaire et une émotion immédiate. Ce qui nous vaut une Jeanne habitée et lumineuse à la fois, dont le vécu passe autant par le corps (mis à nu) et le visage que par la voix. L’émotion et la rigueur, mais aussi la capacité à justifier la pluralité foisonnante de la partition, en communiquant son étonnante unité et son galbe sonore, on les retrouve dans la magnifique conception d’ensemble de Kazushi Ono. Même si l’équilibre des timbres des chœurs de l’Opéra – placés au cinquième sous-sol du bâtiment ! – n’est pas toujours à la hauteur de la prestation de l’Orchestre.

Egalement invisibles, mentionnons les autres artistes de la production, à commencer par Valentine Lemercier et Marie Karall, intenses et vibrantes Marguerite et Catherine, mais saluons aussi l’émotion et l’élégance de Ilse Eerens dans le rôle de la Vierge et la franchise de la voix de Jean-Noël Briend dans celui du Clerc, qui triomphe également des écueils terribles de Porcus. Enfin, en maître d’école qui essaie de raisonner Jeanne (et seul personnage visible sur scène), Denis Podalydès (Frère Dominique) offre une prestation toute de dignité et de sobriété. (21 janvier)

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Commentaires

  • Je n’y étais pas mais ça m’a l’air bizarre, plus encore que décapant!

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