Le pianiste Jean-Luc Ayroles joue Liszt et Messiaen, salle Cortot

Entre Années de pèlerinage et Vingt regards sur l’enfant Jésus, l’ancien élève de Colette Zérah, premier prix dans la classe d’Yvonne Loriod au Conservatoire de Paris, a donné la première audition d’une œuvre de Rodolphe Bruneau-Boulmier, Paysage oublié

Entrelacs des motifs, sens du drame, du poème et de la mise en scène, pouvoir d’évocation des musiques à programme, élévation spirituelle, palette variée des couleurs et des timbres… Tout dans ce jeu lyrique, déclamatoire, orchestral, pointait en somme vers une absence de taille : celle de Richard Wagner dont la présence paradoxale illumina la soirée. Pénétré des vers de Pétrarque, Jean-Luc Ayroles, opératique en diable, embrasse les Trois Sonnets (n° 47, 104, 123) d’un vaste geste, comme s’il les chantait en lui-même. Souci des nuances et des plans, ornementation serrée, accompagnement nourri, impeccable dessin des lignes : l’ensemble, phrasé à l’archet par arcs longs, est expressif, recueilli, aimant, agité de passions. Pureté des sentiments et des intentions ! Fermant ces morceaux d’Italie, Après une lecture du Dante est attaqué con tutta forza. Octaves en carillons, basses caverneuses et charnues, grinçants tritons. De la peinture à fresque. On ne reprochera que l’excès de lenteur avec lequel est abordé la section ppp, una corda, mais c’est que l’interprète vise déjà la section suivante, non legato, comme improvisée jusque dans son accélération, puis cette coda héroïque où il risque tout.

Habitée, la seconde partie s’ouvre par la création de Paysage oublié de Rodolphe Bruneau-Boulmier (né en 1982), superbe peinture d’un paysage de polder, espace de terre gagné sur la mer : flous et brumes de mer du Nord, lutte des éléments déchaînés, rugissements, sens en éveil du spectateur. Clartés que prolonge aussitôt le Regard du silence de Messiaen. D’une maîtrise ahurissante (puissance transmise des épaules et du dos, détente corporelle et concentration absolues), Jean-Luc Ayroles projette comme peu d’autres ces pages bues à la source. Rien de superficiel, rien d’escamoté ni des pédales, ni des doigts. Il y là davantage qu’une honnêté foncière : une éthique véritable de l’interprétation. Regard des hauteurs, Par lui tout a été fait, Baiser de l’Enfant-Jésus, Regard de l’Esprit de joie : régal sans mélange d’accomplir ce profond voyage en suivant les thèmes de Dieu, de l’amour mystique, de l’Etoile et de la Croix.

Acclamé, le musicien joue l’ultime pièce pour piano de Toru Takemitsu, Rain Tree Sketch II, offerte « in memoriam Olivier Messiaen ». (29 janvier)

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