Le duo belge Lévy-Idmtal en concert à Gstaad

Invités du festival des Sommets musicaux (direction artistique : Renaud Capuçon), la violoniste Maya Lévy et le pianiste Matthieu Idmtal ont offert un programme de sonates romantiques qui comportait aussi une pièce contemporaine de Toshio Hosokawa, le compositeur en résidence de l’édition 2017.
A vingt ans à peine, Maya Lévy réunit l’ensemble des qualités qu’un violoniste peut désirer posséder. Tenue impeccable, jeu souverain sur toute la longueur de l’archet, intonation quasi-parfaite, tempérament affirmé, mais plus encore : don d’une voix véritable magnifiée par un instrument d’Enrico Cerruti (Crémone, 1851). Toujours élève, à Vienne, du grand Boris Kuschnir, le premier prix du concours Grumiaux – dont l’évolution récente est remarquable – pêche sans doute par une tendance à jouer un brin trop bas sur la touche, par un vibrato nerveux qu’accusait l’excellente acoustique ambiante, et surtout par une sorte de « passion excessive » qu’il serait vain de reprocher à une interprète de son âge. Rien, ici, qui fût platement aimable ou policé, affadi par une faiblesse de conviction, entravé par un lâche désir de contrôle.
 
Dépourvu de rigueur française (d’une Sonate de Leclair, par exemple), privé de classiques viennois, le programme avait certes le tort d’exacerber malgré lui tensions et contrastes, état de fait dont pâtit la création d’Hosokawa, travaillée avec le compositeur, néanmoins superbe d’atmosphères et d’intensité. Accompagnateur solide et fin, soliste aguerri par ailleurs, traducteur sensible de Scriabine et Chopin, Matthieu Idmtal est musicien, attentif aux lumières et aux plans, capable de répliquer un phrasé dans la seconde de l’oreille et des doigts. On eût certes souhaité plus d’abandon lyrique, plus de sage profondeur, davantage d’élévation et de sérénité dans la Sonate en mi mineur d’Elgar, dans la Sonate n°3 de Grieg (notamment dans le cantabile en la bémol de son dernier mouvement), qui furent tragiques, sombres, enlevées quoiqu’un peu lestes au plan de l’unité organique.
 
Et pourtant... C’est justement avec ce feu, cette impatiente fureur, cet engagement total qu’il faut jouer à ce stade de son développement personnel, y compris, et même d’abord lorsque l’on a l’audace de se mesurer à des pages que les aînés – Menuhin frère et sœur, Kreisler et Rachmaninov, en particulier – ont rendu immortelles.
 
Riche d’un avenir prometteur, le tandem touche en bis, avec beaucoup d’art et de chic, la Valse triste que Franz von Vecsey offrit à la princesse Lante della Rovere. Cette valse en do mineur que donnait Arthur Grumiaux, celle-là même dont Cziffra exhalait l’irrépressible nostalgie, nostalgie poignante de Pesth, nostalgie du café Kedves, douleur tsigane et juive de la vaci utca. Un soupçon de Kreisler, de Mitteleuropa. Vecsey, disciple prodige de Joachim et de Hubay, logeait dans ce palais vénitien du Grand Canal où Wagner avait écrit le second acte de Tristan. Compris dans sa symbolique, le geste, superbe de culture et de curiosité, fut vivement acclamé (4 février).
Nos autres comptes rendus des Sommets musicaux 2017 :
• A Gstaad, Andras Schiff et la Capella Andrea Barca tutoient les sommets
Murray Perahia aux Sommets musicaux de Gstaad

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous