Jean-Guihen Queyras et Alexander Melnikov
à Carnegie Hall

Claire Pelofi 10/02/2017
Emmener l’auditeur promener son oreille le long de trois siècles de musique, partant d’un Beethoven au romantisme frémissant et finissant cette course au 21e siècle en créant une œuvre commandée spécialement pour l’occasion, voilà bien une épopée que ne redoute pas le formidable duo violoncelle-piano que forment Jean-Guihen Queyras et Alexandre Melnikov. Ils l’ont prouvé lors de leur récent récital new-yorkais.

Ce superbe programme fut mené sans déférence aucune à la chronologie bassement factuelle des pièces interprétées puisque l’on a enchaîné Chopin à Webern après avoir fait précéder le bicentenaire Schumann par Yves Chauris, brillant compositeur d’une trentaine d’années. Car qu’importe les logiques de calendrier quand il s’agit de musique, tout ce programme fut animé d’un même souffle, d’une même ferveur, celui de faire vivre les partitions de toutes époques, de tous lieux.

Ce concert nous a donné à entendre des œuvres incontournables du répertoire pour violoncelle et piano, telles que le somptueux Adagio et Allegro de Schumann, la Sonate en la majeur de Beethoven et son Scherzo entêtant, et la Sonate en sol mineur de Chopin. Les Trois petites pièces de Webern ont été interprétée avec une grande finesse. La pièce d’Yves Chauris, D’arbres, de ténèbres, de terre, tout en aplats d’harmonies délicates, sur fond desquelles des susurrements ténus, des vibrations fragiles prennent vie, est une véritable merveille, ce qui n’a pas échappé aux auditeurs avertis, nombreux à être venus féliciter le compositeur et les interprètes pour cette création.

Disciple de Sviatoslav Richter, Alexander Melnikov fut à la meilleure école de l’indépendance artistique, tant en ce qui concerne la singularité de son jeu très subtil que pour le choix de son répertoire musical. Quant au Français Jean-Guihen Queyras, il a conquis depuis de nombreuses années, que ne trahit pas son allure de jeune homme, une place incontournable parmi les solistes contemporains les plus talentueux. Initié aux explorations musicales les plus audacieuses dès les débuts de sa formation, c’est avec une incroyable aisance que cet artiste aborde les différentes œuvres de ce programme. Son jeu d’une extraordinaire finesse tient autant à la souplesse d’un archet qui semble faire fi des lois les plus essentielles de la gravité, qu’à la profondeur d’une pensée musicale qui s’exerce depuis toujours à embrasser les œuvres les plus éloignées dans le style ou l’époque, d’une même oreille universelle. (25 janvier)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous