Le Petit Duc de Lecocq au Trianon de Paris

Suzanne Gervais 21/02/2017

La compagnie des Frivolités parisiennes dépoussière, avec passion et détermination, les opérettes oubliées du 19e siècle. Après Le Colin-Maillard d’Hignard, Le Petit Faust d’Hervé ou encore Le Farfadet d’Adolphe Adam, la compagnie fait redécouvrir Le Petit Duc, une opérette en 3 actes de Charles Lecocq.

Depuis sa création en 1878, Le Petit Duc a été repris une quinzaine de fois dans la capitale, ainsi qu’à l’Opéra de Metz en 2000. Au tour de la troupe des Frivolités parisiennes, qui s’empare de cette charmante historiette au parfum de marivaudage, dans une production réjouissante et rythmée.

L’action se passe au 18e siècle. Le tout jeune duc de Parthenay vient d’épouser la toute aussi jeune Blanche de Cambry. Ils s’aiment, rêve de l’appartement où ils pourront enfin batifoler, mais découvrent bientôt que les deux familles ont arrangé la noce pour préserver une grosse fortune. De galanteries il n’est point question : Blanche est envoyée au pensionnat des demoiselles nobles de Luneville, pour deux ans. Furieux, le petit duc décide de la délivrer, accompagné de son instructeur militaire, à la tête du régiment dont il est colonel. Une intrigue de bluette, mais qui repose sur un livret signé Halévy, où les pulsions transgressives de l’adolescence sont croquées avec malice.

La soprano Sandrine Buendia est un petit duc au caractère trempé, facétieux à souhait, qui, sous ses airs juvéniles, offre un timbre d’une agréable rondeur, au vibrato délicat, servi par une émission parfaitement contrôlée. Marion Tassou campe une Blanche de Cambry un brin sale gosse, bien loin de la jeune épouse docile, incarnée par une voix puissante et expressive à souhait. Les tourtereaux sont entourés d’une galerie de personnages clownesques, tout droits issus de l’opéra bouffe. Le ténor Rémy Poulakis est savoureux en Frimousse, caricature du savant à lunettes maladroit. Face à lui, le baryton Jean-Baptiste Dumora est Montlandry, archétype du soldat tout en muscles, dont la belle voix, large et profonde, rattrape la rustrerie.

L’apparition de Diane de Château-Lansac, la redoutée directrice du pensionnat, est sans conteste le grand moment comique de la soirée : le parti pris, excellent, de confier le rôle au sémillant baryton Mathieu Dubroca galvanise l’intringue ! Boucles blondes, interminable robe mauve qui descend sur sa longue silhouette, breloques autour du cou et petit chienchien au bras, il fait fureur en chef de chant impitoyable, qui fait frémir les petites pensionnaires, mais n’est pas insensible à la verve des militaires. Le chœur, protagoniste à part entière, est composé de 12 chanteurs aux qualités d’acteurs remarquables, tantôt valets amoureux, courtisans curieux, jeunes demoiselles peu farouches ou militaires prompts à festoyer. Très simple, la mise en scène d’Edouard Signolet est, heureusement, fort efficace : sur scène, peu de décors, mais une orchestration ingénieuse des entrées et sorties de chacun, et de petites estrades qui permettent de plaisantes chorégraphies lors des parties de tutti.

En grande forme, l’orchestre des Frivolités, sous la baguette de Nicolas Simon, s’amuse dans ces pages un tantinet conventionnelles, mais jamais ennuyeuses: ouverture bien troussée, mélodies plaisantes, belles interventions du premier violon, du hautbois et de la clarinette… La salle, comble, applaudit longtemps.

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Commentaires

  • C’est bien que "les Frivolités parisiennes" reprennent le flambeau...

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