La ligne claire de Jean-Philippe Collard éblouit la salle Gaveau

Suzanne Gervais 24/02/2017

Le pianiste français était à l’affiche de la salle parisienne pour un récital Schumann et Chopin, à l’occasion de la sortie d’un disque consacré au compositeur allemand. Une interprétation profonde, passionnée et d’une éblouissante clarté.

Tendre et enlevée, l’Arabesque opus 18 s’élève sous le toucher clair et perlé de Jean-Philippe Collard. Le pianiste mène son propos avec légèreté, depuis le rythme pointé initial, badin et entêtant, jusqu’à la conclusion, poétique et méditative… un avant-propos idéal à la mythique Fantaisie opus 17, qui suit. Jean-Philippe Collard possède l’œuvre du bout des doigts : admirable, son implication dépasse de loin le plan de la pure maîtrise digitale.

La polyphonie est toute entière au service d’une narration poignante – on sait que le jeune Schumann a composé ce monumental cri d’amour alors qu’il était séparé de Clara –, qui ne cède cependant jamais à un alanguissement facile et de mauvais goût. Le premier mouvement est charnel à souhait, tempétueux, soutenu par des basses larges et précises. Puis, le pianiste affronte à pleines mains l’exigeante polyphonie du deuxième mouvement, réminiscence des austères chorals de Bach, à la sauce romantique : toute de projection sonore parfaitement contrôlée, cette parenthèse triomphale s’achève sur la vertigineuse et redoutable série de rebonds sur le clavier. Quel panache ! Jean-Philippe Collard peut s’emparer du dernier mouvement, réminiscence de la mélancolie clair-obscur de la Sonate au clair de lune de Beethoven. Les harmonies et l’usage de la pédale sont quasi impressionnistes, l’art des nuances et des coloris est porté à son paroxysme. La sérénité après la tempête de l’exaltation amoureuse ?

Musicien complet, il continue de subjuguer dans Chopin : la célébrissime Sonate funèbre, le doux Nocturne n°1 opus 48 et une Quatrième Ballade rêveuse, au parfum d’improvisation. Le clavier est ample mais délicat, orné par un rubato exquis et d’une infinie poésie. Acclamé par le public, il offre, en bis, une hypnotique Mazurka. (21 février)

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