Soyons vigilants

Philippe Thanh 01/03/2017
Le temps des décideurs politiques cultivés et attentifs à ce que l’éducation et la culture restent des piliers de la société française, est révolu depuis belle lurette. Quelques-uns de nos hommes d’Etat portent heureusement encore en eux l’amour de la musique, la pratiquent même parfois en amateurs largement éclairés, mais dissimulent cette passion honteuse – élitiste ! – aux regards des médias et du public.

Cependant, la majorité des décideurs ne songe qu’à faire des économies tous azimuts et singulièrement sur le dos de la culture classique, forcément élitiste.
On a vu les coupes claires pratiquées par l’Etat et les collectivités locales dans les subventions versées aux festivals, le budget des orchestres ou des théâtres lyriques réduit. Dans tous les cas, la manne publique n’est plus désormais octroyée qu’en échange d’interventions de ces festivals, orchestres et théâtres dans les “quartiers”, les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, les prisons…
Et l’on aboutit au résultat pervers que l’on finance un orchestre, plus vraiment pour qu’il puisse produire de la belle musique dans de bonnes conditions, mais pour qu’il mène des actions à vocation sociale. La puissance publique en arrive ainsi à demander aux musiciens de pallier ses propres carences.
De même, on a vu le financement des conservatoires par l’Etat remis en cause puis finalement rétabli, mais sous condition d’un “changement de paradigme” à savoir que ces établissements mènent de pair l’enseignement spécialisé – élitiste ! – et l’accès à la musique du plus grand nombre (ce qu’ils font déjà). Mais l’apprentissage de la musique demande nécessairement des efforts et de la persévérance : pourquoi ce qui va de soi dans le sport n’est-il pas évident dans les arts ?
Depuis la réforme de la carte des régions, on a vu aussi les belles paroles des nouveaux élus promettant l’augmentation du budget de la culture se heurter à la réalité. Suppression de l’Ariam en Ile-de-France, du Transfo en Auvergne-Rhône-Alpes (voir notre enquête sur cette région), menaces pesant sur d’autres…
Les échéances électorales à venir n’incitent pas plus à l’optimisme, les promesses des candidats n’engageront, en matière culturelle comme ailleurs, que ceux qui les écoutent. Pourtant, les acteurs de la filière musicale se sont unis pour présenter aux candidats des propositions visant à donner à la musique toute sa place dans les politiques publiques. Seront-ils entendus ?
Plus que jamais, il importe que les musiciens, interprètes ou enseignants, soient vigilants et parlent d’une même voix, chacun à son niveau, pour faire enfin entendre cette vérité : que la musique rassemble et embellit la société, enrichit (au moins au sens figuré, mais ce n’est déjà pas mal) ceux qui la pratiquent comme ceux qui l’écoutent. Et que la société ferait, au final, de substantielles économies en la soutenant sans état d’âme.

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