Le baroque français résonne en Europe de l’Est

Suzanne Gervais 06/03/2017

Le Centre de Musique baroque de Versailles, qui fête ses 30 ans, est à l’origine de nombreuses collaborations internationales avec les Etats-Unis, le Brésil et plusieurs pays d’Europe. Un programme de suites instrumentales était ainsi à l’affiche du Conservatoire de Prague et une recréation de Naïs de Rameau au Müpa de Budapest.

À Prague, dans la grande salle du Conservatoire, on pouvait entendre des pages baroques françaises jouées sur les instruments emblématiques de la Cour de France aux 17e et 18e siècles : les fameux Vingt-quatre Violons du roi. Le CMBV est à l’origine du projet : une vingtaine de musiciens issus de grands établissements supérieurs européens (Allemagne, Pologne, Autriche, Espagne, République tchèque, Suisse) âgés de 15 à 25 ans, ont été sélectionnés pour travailler la musique baroque française pendant une semaine sous la houlette du violoniste Patrick Cohën-Akénine, au sein d’un ensemble baptisé l’Akademie Versailles.

Ils ont pu jouer les instruments à cordes prêtés par le CMBV, qui a reconstitué, en 2008, la bande de violons de l’orchestre lullyste : dessus, haute-contres, tailles, quintes et basses de violons. Une telle déclinaison des pupitres de cordes conférait aux productions des musiciens de La Chapelle royale une remarquable diversité de couleurs. L’Akademie tient ces promesses : les suites Acis et Galatée de Lully, Issé de Destouches, et enfin L’Europe galante de Campra font montre d’une sonorité riche et subtile, soutenue par des articulations d’une grande précision. Le style français est bien là – le geste déclamatoire, la rythmique, le panache – ; la maîtrise des instruments est épatante, bien que les élèves n’aient bénéficié que d’une semaine pour les apprivoiser.

À Budapest, le lendemain, la recréation de Naïs de Rameau, en version de concert, était à l’affiche du Müpa, la Philharmonie de Budapest. Aux côtés du Purcell Choir et de l’Orfeo Orchestra, dirigés par György Vashegyi, on entendait sept solistes sélectionnés par le CMBV, à l’initiative de la réédition de cette pastorale héroïque oubliée.

La soprano Chantal Santon-Jeffery brille dans le rôle titre : voix souple, accentuations expressives et déclamation théâtrale. Le baryton Florian Sempey est tour à tour un Jupiter solaire, au timbre expressif, ample et naturel et un Tirésie bon-vivant plein de mansuétude. A leurs côtés, les barytons Thomas Dolié (Pluton/Télénus) et Philippe-Nicolas Martin (Palémon), les ténors Reinoud Van Mechelen (Neptune) et Manuel Nunez-Camelino (Astérion) et la soprano Daniela Skorka (Flore) font preuve d’un engagement vocal admirable. Tenir le public hongrois en haleine pendant plus de trois heures de musique baroque française sans mise en scène (mais avec sous-titres) peut relever de la gageure… mais le défi est relevé ! Les solos, duos ou trios permettent de goûter aux qualités de chaque voix – on retiendra notamment le tendre duo d’amour entre Naïs et Neptune, à la fin du dernier acte, avec ses formidables dissonances.

Le chœur hongrois fait preuve d’une diction remarquable et d’une belle maîtrise des articulations propres à la langue française. Mué par l’énergie indispensable à la musique chatoyante de Rameau, l’orchestre s’amuse avec les trésors de la partitions : figuralismes théâtraux de la percussion et des flûtes, interventions lyriques des bois… Le pupitre de cordes est quant à lui le digne héritier de l’école de violon hongroise : son dense (même sur des cordes en boyaux) et dextérité opportune dans une musique ondoyante et sans cesse en mouvement, portée par la direction précise et déliée de György Vasehgyi. La phalange et le chœur hongrois signent ainsi leur cinquième collaboration avec le CMBV et ses solistes. Une rencontre fructueuse : chœur, orchestre et chanteurs enregistrent actuellement Naïs pour le label Glossa. (3 et 4 mars)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous