La Fille du régiment fait escale à Toulon

Emmanuel Andrieu 06/03/2017
Qui sait écouter Donizetti ne peut pas oublier la part de nostalgie contenue dans La Fille du régiment, et l’on saura gré à Daniela Fally et Frédéric Antoun – les deux héros de cette production signée par Vincent Vittoz pour Lausanne, aujourd’hui reprise à l’Opéra de Toulon – de traiter avec beaucoup d’égards une musique transcendant largement l’anecdote et le livret.

Très attendu dans l’air « Ah, mes amis, quel jour de fête ! », le ténor québécois Frédéric Antoun en émet les neuf contre-ut avec autant de puissance que de sûreté, déclenchant une ovation. Mais c’est surtout un interprète complet, à l’aise sur scène, capable de chanter le tendre et délicat « Pour me rapprocher de Marie », avec un phrasé admirable. Malgré un français parfois exotique, la soprano autrichienne Daniela Fally offre une convaincante Marie : timbre lumineux, coloratures précises, legato parfait, phrasé nuancé, tout cela – associé à ses talents de comédienne – lui permet de dessiner son personnage de manière remarquable, aussi bien dans la légèreté insouciante de la chanson du régiment, que dans la touchante langueur de « Il faut partir » ou encore dans les acrobaties funambulesques de la leçon de chant. Chez les comprimari, Frédéric Gonçalves campe un Sulpice efficace et Anne-Marguerite Werster une Marquise de Berkenfield on ne peut plus divertissante. Dans la désopilante farandole que devient l’arrivée des invités au château, juste avant l’épilogue de l’histoire, on salue le numéro facétieux et drolatique de Francis Dudziak, Hortensius de grand luxe, de même que celui de Nicole Monestier, Duchesse de Crakentorp savoureusement décalée.

Au pupitre, le chef italien Roberto Rizzi-Brignoli dirige un Orchestre de l’Opéra de Toulon bien disposé à son égard, atténuant le rythme militaire, pour donner tout son relief à la trame variée de timbre et de couleurs de la partie instrumentale. Il parvient à donner à sa lecture un je-ne-sais-quoi de mousseux et en même temps de mélancolique, comme l’exige l’exquise partition de Donizetti.

Quant à la proposition scénique, en transposant l’intrigue à l’issue de la Première Guerre mondiale – les soldats sont ici tous des “gueules cassées”– , Vincent Vittoz – avec la collaboration d’Amélie Kiritzé-Topor pour les décors et Dominique Burté pour les costumes – essaie de soustraire cette œuvre à l’esthétique d’opérette qui en caractérise souvent les mises en scène, pour en souligner la teinte mélancolique ; intention louable et résultat satisfaisant, grâce aussi à une direction d’acteurs appropriée. (3 mars)

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