Schubert par Ismaël Margain, au théâtre de L’Athénée

Révélé au concours international Long-Thibaud (2012), aujourd’hui artiste en résidence à la fondation Singer-Polignac, le pianiste français, soutenu par le festival Piano aux Jacobins, venait défendre, au théâtre de L’Athénée à Paris, le programme de son premier disque en solo : Klavierstücke D.946 et dernière Sonate D.960 de Schubert

Depuis que nous l’avons entendu pour la première fois, Ismaël Margain, alors un tout jeune élève au Conservatoire de Paris, a su mûrir, aviver des qualités de jeu déjà présentes, confirmer les espoirs que l’on plaçait en lui. En somme, franchir la frontière qui le séparait de l’univers professionnel où il se meut désormais. Il faut louer la témérité de l’interprète (partenaire attitré de Guillaume Bellom en duo) venu projeter seul, ce soir, l’ultime Sonate de Schubert en plus des trois Klavierstücke. Et la saluer non point au nom d’une théorie qui interdirait d’y toucher à cause d’un prétendu défaut d’expérience de la scène, d’un rédhibitoire manque de “vécu” et d’autorité, mais précisément en raison du contraire… Car il est sain, dès lors que la technique l’autorise, de commencer tôt son compagnonnage avec celles de ces œuvres majeures du répertoire qui seront appelées à vous suivre au long de l’existence, qui enregistreront les étapes d’une quête personnelle, qu’il faudra interroger sans relâche et sans cesse remettre sur le métier.

Ismaël Margain joue le 1er Klavierstück, très Sturm und Drang, avec davantage de densité qu’autrefois. Musicalité impeccable confirmée dans le mi bémol majeur qui suit, do majeur giocoso, cuivré en dépit d’un clavier assez mat de sonorité, le tout enclos au sein d’une amplitude dynamique restreinte et bien étagée.

Le cœur du programme vient après une longue pause. Les premiers membres de phrase de la Sonate, testament du compositeur, sont grevés d’un contresens courant – simple histoire d’anacrouses, d’arc de phrasés, d’appuis mal placés. Mais après le trille, les soupirs, le point d’orgue lourd de signification, commence ce long voyage, cette élévation qui demeurent propres à chacun… Wanderer au pas mesuré, Ismaël Margain chemine jusqu’au bout avec placidité, révélant un jeu clair, des pédales franches, un discours d’une intelligibilité sans défaut (Scherzo). L’économie de moyens force la considération. Gageons qu’il peut oser, qu’il risquera davantage à l’avenir, en particulier dans l’Andante d’une douleur plus marquée. (6 mars)

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