Méhul fêté par Les Siècles à Versailles

Jacques Bonnaure 13/03/2017
Le bicentenaire de Méhul sera relativement peu fêté en France cette année. Aussi faut-il se féliciter qu’un orchestre aussi valeureux que Les Siècles ait inscrit le compositeur à ses programmes, notamment pour ce concert donné à la chapelle royale du château de Versailles.

Le rapprochement entre l’auteur du Chant du départ et Beethoven va de soi car deux contemporains trouvent parfois les mêmes accents enflammés et développent une même rhétorique éloquente et grandiose. L’ouverture de La Chasse du jeune Henri (1791), par exemple, célèbre pour ses sonneries de cors, renouvelle les lieux communs des musiques de chasse et représente en fait la première “chasse fantastique”, un genre qu’illustreront Berlioz, Liszt, Franck et bien d‘autres. L’ouverture des Amazones (1811), avec son invention rythmique et sa violence constitue elle aussi un poème symphonique avant la lettre. François-Xavier Roth donne de ces œuvres une lecture extrêmement précise, claire, vibrante, et met en évidence la tension permanente qui parcourt ces pages aujourd’hui négligées.

La Cinquième Symphonie de Beethoven est envisagée de la même manière. Tempos vifs, grande dynamique mais aussi gradation subtile des volumes, mise en avant très théâtrale des cuivres, mais ce déferlement d’énergie n’est jamais brutal. L’Andante con moto se pare d’expressives nuances des cordes et de jeux de timbres sensuels des bois, mais le tourbillon d’énergie et le finale un glorieux maëlstrom sonore.

Mais venons en à la partition mystère. La Messe du sacre de Napoléon de Méhul a ceci de particulier qu’elle n’a pas été jouée pour le sacre de l’empereur et qu’elle n’est pas de Méhul. Pendant longtemps, les spécialistes la lui ont attribuée, lui trouvant d’incontestables traits français ! Sauf qu’après une enquête internationale menée à vive allure par les plus fins limiers de la brigade musicologique, on a pu rendre cette magnifique Messe à son légitime propriétaire, Franz Xaver Kleinheinz (amusante coïncidence, on pourrait à peu près traduire ce patronyme par “le jeune Henri”) ! Ce contemporain autrichien de Méhul l’aurait composée pour la chapelle du prince Esterhazy mais elle n’aurait pas été jouée. C’est à partir du moment où un bibliothécaire du prince l’attribua à Méhul, alors internationalement reconnu, qu’elle connut un certain succès, d’autant qu’elle aurait été sa seule partition sacrée – s’il l’avait composée !

Quoi qu’il en soit, c’est une très belle œuvre, où l’on trouve certains traits de la musique religieuse autrichienne, notamment des frères Haydn mais aussi, par moments, des harmonies innovantes, des traits instrumentaux déjà romantiques. Kleinheinz n’était pas un obscur Kapellmeister mais un compositeur accompli. Cette messe aura bénéficié pour sa recréation sous le nom de son véritable auteur, d’un magnifique quatuor de solistes (Chantal Santon-Jeffery, Caroline Meng, Artavazd Sargsyan, Tomislav Lavoie), de l’engagement et de la qualité des Chœurs de la Radio flamande, François-Xavier Roth exaltant les qualités de tous. Aujourd’hui que l’on réalise tant d’enregistrements inutiles, il serait impensable qu’il ne reste pas une trace diffusable de ces merveilles. ! (11 mars)

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