Prades fête Michel Lethiec au théâtre des Champs-Elysées

Pour célébrer son 70e anniversaire, Michel Lethiec, le directeur artistique du Festival de Prades, avait concocté cette fête de la musique et de l’amitié. Au programme, Beethoven, Debussy, Gershwin, Schubert, Penderecki, sans oublier de nombreux clins d’œil au père fondateur de ce rendez-vous incontournable des mélomanes : Pablo Casals.

Emouvante et enjouée, la soirée fut une réussite. Venu fêter son anniversaire en excellente compagnie (familiale, même, les circonstances l’exigent !), Michel Lethiec mène sa troupe avec plaisir et générosité, s’associant à chacune ou presque des pièces du programme. Et quelle fête en effet… Ni une démonstration, ni un rituel empesé : un authentique esprit de musique de chambre, le plaisir de régaler l’auditoire dans un répertoire dense, diversifié.

D’abord le Trio op.11 de Beethoven : piano virtuose, variations allègres et savoureuses tissées sur un thème d’opéra qui fut célèbre à Vienne, maîtrise impressionnante d’Arto Noras, archet flamboyant, main gauche virevoltant sur la touche. Puis les vingt sections du vaste Octuor en fa de Schubert, avec sa veine populaire, sa joie, ses rythmes de danse qui vous propulsent dans un beisl des faubourgs de Vienne, André Cazalet l’emplissant de son cor riche, mélodieux et puissant. Après l’entracte, retour à Paris avec le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, arrangé par Arnold Schoenberg. Le quatuor à cordes en demeure le noyau, la contrebasse s’y agrège. Les vents les rejoignent, la harpe s’y transforme en piano et le piano qui peut tout en bien d’autres timbres, Itamar Golan en confiant le soin à Natsuko Inoue pour se charger lui-même de l’harmonium Mustel. Quelle splendeur, comme tout cela sonne, initié par les phrases souples et sinueuses de Patrick Gallois, qui choisit une flûte en ébène !

Vient un moment plus solennel : Michel Lethiec s’avance seul pour offrir le Prélude de Penderecki. Profonde, virtuose, très exigeante (subtilités de jeu et d’attaques, sollicitation de la colonne d’air), cette boucle de musique moderne se referme sur elle-même après avoir gravi des sommets. Mais la clarinette chante encore dans le Larghetto du Quintette de Mozart. Quelles inflexions… Emotion de ces pages sublimes, de ce dialogue qui change la conque du théâtre en un salon, et voit un père s’associer joliment à ses filles, formées à la meilleure école de phrasé, parfaites d’intonation. A trois temps, en allant, sans effets de rubato : de la musique pure, qui respire, sent et conduit les arcs comme il sied.

En hommage à Pablo Casals, voici la Danse des elfes de David Popper, qui sert là « d’épreuve publique du feu » à une lauréate de l’Académie de Prades. On pense, toutes choses égales, à Zigeunerweisen qui fut un rite initiatique pour Emanuel Feuermann à la Philharmonie de Berlin. Présentée par son maître, environnée de ses camarades, la jeune demoiselle efface vite un sourire intimidé pour faire merveille, spiccato assoluto, audacieuse, concentrée. Ovation de la salle. François Salque, orfèvre au vibrato élégant, d’une sonorité dénuée de nasalité, regagne le cœur du groupe pour entonner le Chant des oiseaux qui fut le cri de reconnaissance des Républicains espagnols en exil. Superbe image d’une tradition qui se maintient grâce au travail pédagogique du festival.

Pour le bouquet final, la Suite de concert pour clarinette et cordes que Franck Villard réalisa au départ du Porgy and Bess avec l’autorisation exceptionnelle des ayants droit de Gershwsin. Commande de Michel Lethiec, cette synthèse est la seule au monde qui respecte l’intégrité formelle et la chronologie de la partition originale, sans ajout ni déformation. Summertime, I Got Plenty O’ Nuttin’, It Ain’t Necessarily So (superbement initié par le violoncelle impeccable de Damien Ventula), A Woman Is a Sometime Thing, My Man’s Gone Now… Quel engagement, quel bariolage d’humeurs, quel swing ! Jurek Dybal pulse le tout en jazzman. Distribuant la parole (car chaque personnage fait bien entendre sa voix : quelles interventions d’Olivier Charlier !), Michel Lethiec s’y mue parfois en Giora Feidman, assurant la cohésion de l’ensemble, vif, irrésistible, avec juste ce qu’il faut de show importé de Broadway.

Acclamant la fine équipe, le public n’hésita pas à chanter Joyeux Anniversaire en l’honneur du maître des lieux quand les musiciens, réunis pour le salut final, en lancèrent tout à coup la joie à l’invitation d’Itamar Golan. (11 mars)

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