Carmen à l’Opéra Bastille : misérabilisme et vulgarité

Michèle Worms 13/03/2017
On attendait avec curiosité cette production de Carmen dont on était sûr à l’avance qu’elle ne serait pas une espagnolade… sans même savoir, comme nous l’a appris le metteur en scène Calixto Biexto, qu’elle avait près de vingt ans d’âge !

Rien de nouveau donc sous le soleil, d’ailleurs inexistant dans cette mise en scène misérabiliste. Le décor est un grand espace vide et noir, que parcourent de temps en temps les voitures des contrebandiers. Les costumes sont disparates, blouses de travail pour les cigarières, Carmen en petite robe d’après-midi, les jeunes gitanes en tenues de prostituées, les chœurs en tenues débraillées.

La mise en scène se veut d’une sensualité débordante, comme dans les séries téléfilms. Jugée sans doute audacieuse il y a vingt ans, aujourd’hui, elle ne surprend ni ne choque en rien sauf par le tort qu’elle fait à l’œuvre de Bizet qui avait conçu Carmen en femme fière et libre et non en prostituée chevauchant son mec ! Elle est ici simplement vulgaire. En outre, elle fourmille de détails inutiles (qui est ce sympathique homme noir qui pourrait être un maître du jeu mais qui se borne à ébaucher quelques gestes ?) et parfois ridicules :  pourquoi les soldats bondissent-ils tandis qu’un malheureux en slip tourne autour d’eux jusqu’à épuisement (évocation de la brutalité de l’armée franquiste ?) Est-ce le même soldat qui, entièrement nu, mime le geste du toréador en prélude du dernier acte ? Pourquoi, à la fin de leur air, les enfants de la maîtrise des Hauts-de-Seine s’alignent-ils devant la scène en étalant leur assiette d’épinards ? Etc. etc.

Le dernier acte est le plus réussi (malgré l’affreuse tenue de cocktail rose de Carmen). Roberto Alagna (Don José) et Clémentine Margaine (Carmen) réussissent à nous émouvoir vraiment. Pourtant Alagna avait fait savoir qu’il était souffrant. Il l’était, en effet, et il a eu quelques passages difficiles que le public a tenu à applaudir chaleureusement. Mais quel engagement ! Quelle clarté de diction ! Clémentine Margaine est la Carmen du jour qu’elle interprète un peu partout dans le monde. Elle a une bonne tenue sur scène, une belle qualité de voix. Peut-être assume-t-elle trop la vulgarité qui lui est demandée. Aleksandra Kurzac a le physique et la grâce de Micaela et chante son air avec la douceur voulue. Roberto Tagliavini (Escamillo) a la belle voix sombre et (enfin!) la classe requise par le rôle.

Quant aux deux sopranos Vannina Santoni et Antoinette Dennefeld qui incarnent les jeunes gitanes amies de Carmen, on ne peut que les féliciter pour leur physique (en petite tenue), leur aisance sur scène et la qualité de leur voix. Elles sont épatantes, notamment dans l’air des Cartes, en trio avec Carmen ! Par contre, l’orchestre dirigé par Bertrand de Billy ne semble pas être à la fête.

Reste le chef-d’œuvre de Bizet, inoxydable. A ce sujet, on peut adresser des remerciements au metteur en scène, qui n’a pas hésité à supprimer des longueurs dans les dialogues, rendant le spectacle plus resserré et d’autant plus poignant. (10 mars)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous