Les Fêtes d’Hébé, Rameau à l’amphithéâtre Bastille

Jacques Bonnaure 24/03/2017
Le Centre de musique de baroque de Versailles, le Royal College of Music de Londres et l’Académie de l’Opéra de Paris ont uni leurs forces pour présenter Les Fêtes d’Hébé, opéra-ballet que Paris n’avait pas vu depuis le 18e siècle. Une réussite artistique et un bel exemple de coopération entre institutions européennes..

D’abord un sujet d’ébahissement. Les Fêtes d’Hébé, deuxième grand opéra-ballet de Rameau (le premier était Les Indes galantes) n’avait pas été joué en entier à Paris depuis 1770. Or, loin d’être une œuvre mineure, elles regorgent de belle musique, en dépit d’un livret que les contemporains trouvèrent faible – et l’on ne peut que confirmer ce jugement même si l’idée générale en est ingénieuse : Hébé, lasse du séjour des dieux, s’en va à Paris où elle sait qu’elle retrouvera les talens liriques (sic) : la poésie, la musique et la danse. Et là dessus, on nous trousse trois intrigues improbables autour des trois arts, avec divertissements chantés et dansés qui constituent la meilleure partie de l’ouvrage.

Ensuite, un sujet de satisfaction. Ce spectacle reposait sur l’étroite collaboration entre le Centre de musique de baroque de Versailles, qui a fourni l’assistance linguistique et stylistique, mais aussi ses Chantres, le Royal College of Music de Londres qui a dépêché son orchestre et une partie des chœurs, et l’Académie de l’Opéra de Paris, dont les chanteurs, de nationalités très diverses, composaient l’essentiel de la distribution vocale.

La mise en scène et la chorégraphie d’un tel spectacle supposent des choix clairs, parfaitement assumés par Thomas Lebrun, à la fois chorégraphe et metteur en scène. Il cherche à tout prix à éviter le réalisme, ce qui est bien vu, et « met en gestes » tout le spectacle, de sorte que les solistes comme les ensembles prennent à chaque instant des postures accompagnant le chant de manière plus ou moins arbitraire. On y gagne en cohérence et le spectateur a l’impression d’assister à un ballet permanent et total. On peut cependant se demander si trop de signes ne finissent pas par neutraliser les signes.

La mise en scène tire le meilleur parti possible d’une situation a priori difficile, l’amphithéâtre Bastille n’étant pas propice à un tel spectacle. Ainsi l’orchestre, réduit à une vingtaine d’instruments se trouve installé sur des gradins à l’extrême-droite de la salle, ce qui est forcément gênant et déséquilibre la perception acoustique. L’espace scénique, sans profondeur impose pratiquement l’absence de décors. La solution des projections vidéos est habile et bien menée mais les éclairages fluo (les costumes le sont souvent aussi) donnent à l’ensemble un côté un peu kitsch, probablement volontaire, qui conviendrait mieux à une opérette de Francis Lopez (à moins que l’on ne considère que Les Fêtes d’Hébé sont quelque chose comme un Chanteur de Mexico sous Louis XV !)

Vocalement, si l’on admet que les chanteurs de l’Académie de l’Opéra n’étaient pas rompus à ce style, pour la la plupart, et que le caractère internatonal de la distribution pouvait créer des inégalités stylistiques, on ne peut que saluer la réussite du travail d’ensemble. On entend cependant quelques fortes personnaités comme Adriana Gonzalez (Sapho/Iphise), grande voix venue du Guatemala, Laure Poissonnier , très épanouie dans le rôle de l’Amour, Pauline Texier, au joli timbre délicatement acidulé (Hébé/Eglé), Eleanor Penfold (Une naïade/Une bergère), petits rôles mais grand talent. Côté messieurs, le ténor Juan de Dios Mateos fait valoir un style plein de bon goût. Venus de l’Est, Mikhail Timoshenko (Hymas/Tyrtée) et Thomasz Kumiega (Alcée/Eurilas) possèdent d’impressionnants moyens mais doivent encore travailler le style adéquat.

Jonathan Williams dirigeait fort bien (et dans des conditions pratiques plutôt malaisées puisque la scène était derrière derrière lui !) un ensemble instrumental pas toujours très juste ni en place (en revanche, à quelques petits décalages près, les chœurs étaient très au point) mais cette réserve ne doit pas faire oublier une passionnante opération d’envergure internationale. A rééditer absolument. (22 mars)

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