Le professeur de musique doit aussi apprendre à enseigner

Chrystèle Gillé, formatrice et coordonnatrice de la formation PLC2 (professeurs en lycée et collège 2e année) en éducation musicale à l’IUFM de Rouen, aborde la place de la musique dans cette formation.
Comment prenez-vous en compte la spécificité musicale au sein de votre travail ?
Le plan de formation en éducation musicale s’appuie totalement sur ces 10 compétences professionnelles en prenant en compte la spécificité disciplinaire dans leur application. [tableau 3]

En outre, on aborde de manière très précise tout ce à quoi les jeunes professeurs seront confrontés durant l’exercice de leur métier et qui n’est pas spécifique à la musique. Nous leur apprenons ainsi à maîtriser leur autorité, à gérer l’hétérogénéité des classes, à donner du sens à l’évaluation, à cultiver le côté synthétique de la séquence, à utiliser un langage adapté au niveau des élèves...

Quelle est la place du travail sur la musique dans cette formation ?
Les connaissances et aptitudes musicales sont déjà contrôlées lors du passage du concours. Dans le cadre de la 2e année, elles sont envisagées du point de vue de l’exploitation pédagogique. Bien sûr, cela n’exclut pas une petite formation complémentaire dans le cas où l’on aborderait une technique, un jeu, un instrument nouveau que le stagiaire ne maîtriserait pas. On s’occupe évidemment des pratiques vocales (pour la classe et la chorale) et instrumentales dans l’aspect préparatoire, en amont du cours, en veillant à leur mise en œuvre par rapport à la cohérence du cours et en interaction avec ce que chaque élève présente de qualités et de difficultés. On privilégie également l’utilisation d’une large culture musicale (tant historique que géographique) qui permet de tisser des liens et d’établir des comparaisons visant à mettre en évidence de la façon la plus efficace possible l’émotion, le fait musical et les procédés sonores.
Les outils informatiques et multimédias sont évidemment exploités au service de pratiques pédagogiques inventives. Sur le plan instrumental, on s’attache à l’ouverture sur des pratiques originales autour de percussions multiples ou de dispositifs particuliers issus, par exemple, des cultures extra-européennes. La création collective est également travaillée dans les modules de formation (création de chansons, codification visuelle propre au style contemporain capable de susciter un champ d’inspiration beaucoup plus large chez l’élève).

Il y a quelque chose de très schématique dans tout ce dont nous parlons. Quelle part réservez-vous aux individualités?
Nous ne schématisons pas la façon d’enseigner. Chacun a sa personnalité, laquelle est absolument respectée. Vous savez, on n’enseigne bien que ce que l’on conçoit émotionnellement et intellectuellement. Nous intervenons surtout sur une manière d’organiser les choses, de les mettre en relation, car il y a tout de même des impératifs à respecter.
Les chemins sont très libres, à condition de respecter ce que l’on attend de la connaissance d’un élève par rapport au programme. Si ce cadre-là est respecté, le choix du matériau est très ouvert. A ce niveau, la personnalité de chacun n’est pas critiquable ; on ne cherche pas à faire entrer nos stagiaires dans un moule ! Il ne faut pas perdre de vue que nous travaillons sur "l’humain" et que cela demande beaucoup de subtilité.
L’élève doit-il demeurer au centre du système éducatif ? Ce principe, souvent qualifié de démagogique, est-il toujours votre credo?
L’élève est tout de même le référent qui agit et réagit. C’est lui qui nous indique si notre enseignement fonctionne ou ne fonctionne pas; en ce sens, il est effectivement le point central du système. Cependant, il n’a pas le droit de tout faire...
La récente Lettre aux éducateurs du président Sarkozy semble bien recadrer certaines notions à ce niveau : tout le monde doit prendre sa part de responsabilité ; on se remet en question en tant qu’adulte et on essaye de voir comment aider l’élève à revenir dans des cadres qui sont ceux de la bonne vie en société. On ne doit pas l’autoriser à prendre des libertés qui rejaillissent négativement sur l’autre.
C’est l’un des objectifs de la première des dix compétences professionnelles : rendre l’élève citoyen, donc ne pas l’autoriser à troubler un groupe. On doit prendre en compte la culture, les origines des uns et des autres et essayer de trouver un équilibre social dont la classe est le parfait reflet. Nous sommes toujours dans l’humain!
Justement, les classes sont de plus en plus hétérogènes socialement et géographiquement, et les goûts musicaux attestent de cette hétérogénéité. En quoi la musique peut-elle aider à résoudre ce problème?
L’idée directrice est de se poser la question de savoir ce que l’élève peut apporter, ce qu’il est capable de comprendre par rapport à son histoire. Si un style de musique est rejeté par un certain nombre d’élèves, on doit lui proposer de donner son commentaire et en tenir compte, c’est-à-dire le valoriser. Il faut établir une relation de confiance. Une fois que cette confiance est établie, les élèves sont beaucoup plus ouverts... J’ai le souvenir d’avoir fait chanter du chant grégorien à une classe de ZEP (zone d’éducation prioritaire) et ils m’en redemandaient...
Propos recueillis par Christian Lorandin

(sur le même sujet voir également L’éducation musicale dans les IUFM (LM350) et Vive la pluridisciplinarité ! (LM351)

Pour en savoir plus :
Rapports de jury sur le Capes externe
www.educnet.education.fr/musique/index.htm, puis "info", puis "examen et concours", puis choix du concours
Conditions d’inscription à ces concours
www.education.gouv.fr/pid63/siac2.html

Nicolas Sarkozy, Lettre aux éducateurs
www.jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/ pdf/lettre-educateurs.pdf

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