La stravaganza de Vivaldi, feu d’artifice final du Printemps du violon à Paris

Louis Carrion 01/04/2017
La deuxième édition du festival Le Printemps du violon (dix jours d’événements à travers le 7e arrondissement de Paris) s’est conclue avec La stravaganza de Vivaldi dans un lieu peu connu, la salle byzantine du palais de Béhague, siège de l’ambassade de Roumanie.

Au programme, six concertos – dont les quatre premiers – parmi les douze composant l’opus 4 de Vivaldi. La place de cette œuvre, bien nommée pour son inventivité fougueuse, est capitale dans l’histoire de la musique puisqu’elle est un modèle aux origines du genre concerto, repris et imité à travers l’Europe.

D’emblée, l’orchestre baroque Modo antiquo impressionne par son énergie. Les enchaînements de crescendo et decrescendo sont aussi rapides que sont subito les piano, rallentando et sons voilés. Au-delà du volume et des tempi, c’est l’épaisseur du son qui varie, depuis les notes cristallines épurées avec l’archet de biais, jusqu’aux gras du crin qui se frotte à l’instrument de toute son épaisseur. De la main et de la baguette, le chef Federico Maria Sardelli fend l’air de gestes vigoureux puis arrondis. Elancé, il est tour à tour sinueux et bondissant pour impulser un son et surtout une intention d’ensemble.

Les six concertos s’enchaînent, chacun avec leurs trois mouvements organisés selon la forme à l’italienne (vif - lent - vif). Dès la coda du premier, le violon concertiste Anton Martynov se lance dans des traits virtuoses qui iront crescendo et surtout accelerando tout au long de la soirée (le dernier concerto et surtout les bis poussant même cette logique jusqu’à une volonté de jouer le plus vite possible, aux dépens de toute notion de rythme, de tempo et de justesse). Sur sa lancée, il déploie des cadences balayant les cordes et le manche de son instrument, puis revenant prestement à une fondamentale en ostinato ou bien monnayant les lignes et démultipliant les notes répétées. L’accompagnement sait alors se faire murmure pointilliste du tutti ou bien scansion au rythme bien campé par le continuo.

Mention doit être faite d’un moment de grâce absolue : le mouvement lent du Concerto n°2 en mi mineur, RV 279. L’émotion et la tension dramatique ne font que croître dans des séries haletantes de deux tirés d’archets (comme deux terribles coups du destin), suivis de deux pressions du bout du doigt et du crin, comme si le son de cet écho émotif n’était obtenu que par un rebondi effleuré sur la corde. Toutefois, la virtuosité reprend bien vite ses droits et le reste de la soirée passe en un éblouissant éclair.

Ainsi s’achève en beauté, ce deuxième Printemps du violon. Rendez-vous est pris pour la prochaine édition, dans le cadre de l’année de la Russie. (31 mars)

 

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