Orchestre taïwanais et piano français à Lyon

Emmanuel Andrieu 03/04/2017
C’est une formation musicale rare sous nos cieux que recevait l’auditorium de Lyon : le Taiwan Philharmonic. Le soliste invité n’en était, en revanche, pas à sa première venue, puisqu’il s’agissait du pianiste français Alexandre Tharaud.

En première partie, le troisième mouvement de la Symphonie n°3 “Taïwan” de Gordon Chin – que l’on peut apparenter à de la bonne musique de film – sert de mise en bouche à l’orchestre asiatique. Plus passionnant s’avère le moment musical qui suit avec l’arrivée sur scène de Tharaud pour interpréter le Concerto en sol de Ravel. Dans cette œuvre exemplaire de concision, on le trouve particulièrement à l’aise et tout aussi convaincant que son répertoire de prédilection (Bach, Scarlatti…). Au delà de sa virtuosité, ce concerto requiert aussi une liberté d’esprit que le pianiste possède au plus haut point : les citations jazzy n’en ressortent que mieux sous les glissandi effrénés. Dans le premier mouvement (Allegramente), d’une joie malicieuse, presque enfantine, les accents sont bien marqués, et tout cela donne un sentiment d’improvisation inventive. Dans l’Adagio assai, on apprécie l’émotion introvertie mais vibrante de la cantilène, qui se termine sur l’entrée de la flûte. Tharaud nous fait vivre ici trois minutes de plénitude, auxquelles succède la magie de vents tout aussi remarquables. On retrouve l’étonnant acrobate qu’il est dans un Presto final qui ne peut que séduire par la vivacité, la perfection technique et, surtout, la fraîcheur du pianiste. Une mention particulière doit enfin être décernée au chef Shao-Chia Lü, parfaitement maître de sa partition et dont la baguette fait honneur à l’orchestration unique de Ravel.

Après l’entracte, le Philharmonique de Taïwan s’attaque à la redoutable Symphonie n°5 de Chostakovitch. Le chef taïwanais en livre une interprétation d’une densité et d’une architecture tout à fait étonnante, qui témoigne d’une assimilation en profondeur de cette œuvre à l’intensité insoutenable, où ont jadis brillé des chefs du calibre de Mravinski (son créateur en 1937), Kondrachin ou encore Sanderling. Tenue de bout en bout par une baguette aussi précise qu’expressive, la partition de Chostakovitch est ici portée à bout de bras et transmise à l’orchestre par un fluide contagieux. Chauffé à blanc par cette conception tendue comme un arc, où l’émotion égale la perfection du geste, la phalange asiatique déploie tous ses artifices, en particulier les cuivres et les bois. A force de rappels, chef et orchestre finissent par offrir au public une pièce orchestrale du folklore taïwanais qui tombe juste en cette douce et belle journée lyonnaise : Désir de printemps ! (31 mars)

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