Macbeth à Avignon : le triomphe des chanteurs

Emmanuel Andrieu 05/04/2017
Après Don Giovanni, Lucia di Lammermoor et Il barbiere di Siviglia, Frédéric Bélier-Garcia présentait à l’Opéra d’Avignon Macbeth de Verdi, en coproduction avec l’Opéra de Marseille (l’opéra de Verdi y avait été donné en juin 2016, lire ici). Plus que la mise en scène, c’est la distribution vocale qui a soulevé l’enthousiasme du public provençal.

Le metteur en scène a opté pour la version révisée pour Paris en 1865 (et donc avec le long ballet du 3e acte, ici dans une chorégraphie très suggestive de Marion Ballester), avec toutefois l’adjonction du monologue de Macbeth de la version de 1847. Il transpose l’intrigue dans un décor unique représentant une vaste salle de réception, à mi-chemin entre asile pour aliénés et manoir saccagé. Sa direction d’acteurs donne à voir des personnages possédés, des corps dénudés ou encore des fous, et c’est dans cet univers sombre et déliquescent que les personnages shakespeariens évoluent. Mais à force de mélange des époques et références, la lisibilité se perd et, au final, nul éclairage nouveau n’est proposé sur l’œuvre ou la psychologie des personnages.

Révélation du spectacle, le baryton espagnol Juan Jesus Rodriguez parvient brillamment à unifier le quasi parlando dramatique et l’ampleur du grand lyrisme verdien que réclame le rôle-titre. La rondeur du timbre, sa plénitude, le soutien du souffle et, partant, du phrasé sont d’un baryton racé. Des aigus vaillants viennent couronner une tessiture centrale ici à la fête. Sûr de remporter un triomphe avec le « Pietà, rispetto, amore » du dernier acte, ce Macbeth n’en démontre pas moins une belle concentration psychologique.

Par bonheur, il trouve en Alex Penda une partenaire à sa mesure, une Lady Macbeth qui possède la force ravageuse de la meurtrière par procuration, lucide dans l’ivresse du pouvoir et dans l’anéantissement de la folie. La prestation vocale n’est pas en reste, et l’on tient sans doute avec la soprano bulgare l’idéal rêvé par Verdi : elle ne cherche pas, avec un timbre plutôt rêche et âpre, la séduction vocale mais la violence convulsive, quitte parfois à friser l’inexactitude tonale. Très habitée, elle fait de son air de somnambulisme un des sommets de la représentation.

On gardera aussi le souvenir d’un Banco exceptionnel : une basse puissante, somptueusement veloutée, que le roumain Adrian Sempetrean pare d’une aura fataliste bien adaptée au personnage. Enfin, le ténor albanais Giuseppe Gipali campe un Macduff de luxe, à la fois solide, généreux et spontané, au sein d’une équipe de comprimari parfaitement choisis, avec une mention pour le Malcolm incisif de Kevin Amiel.

A la tête d’un Orchestre régional Avignon-Provence qu’il connaît bien, Alain Guingal dirige la partition en respectant parfaitement ses contradictions stylistiques, et cela sans en rajouter ni dans le décoratif ni dans la noirceur. Voilà un Verdi équilibré, très italien de ton, où orchestre et chanteurs ne se livrent pas des luttes fratricides. On saluera, enfin, le travail effectué par Aurore Marchand à la tête du Chœur de l’Opéra, constamment sur la brèche, avec une parfaite homogénéité et une riche palette de nuances. (4 avril)

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