Une Gosse de riche de Maurice Yvain frivole et parisienne

La compagnie des Frivolités parisiennes a encore frappé, en remontant la comédie musicale de Maurice Yvain, Gosse de riche, au théâtre Trévise à Paris (9e). Un bijou vaudevillesque enlevé, jazzy et drôlissime, qui conjure à lui seul toute morosité éventuelle.

Nées en 2012, les Frivolités parisiennes se consacrent aux trésors de l’opéra-comique, de l’opérette et de la musique légère du début du siècle pour notre plus grand plaisir. En résidence à la Fondation Singer-Polignac, la compagnie offre en ce moment la plus réjouissante des redécouvertes avec cette Gosse de riche de Maurice Yvain, comédie musicale de 1924, sur un livret et des paroles de Jacques Bousquet et Henri Falk, créée à l’origine au théâtre Daunou. Ce fut un succès si l’on en croit les différentes critiques parues à l’époque, dont celle d’André Messager en personne pour Le Figaro, même s’il déplorait légèrement le goût de Maurice Yvain pour la « musique américaine ». Or c’est justement ce métissage qui fait le sel de la partition d’Yvain : un mélange de la tendresse légère et désuète d’un Messager, la vivacité comique d’une opérette d’Offenbach et la fraîcheur rythmique du fox-trot et du swing américain !

Le texte ? Il est tout simplement savoureux ! Un vaudeville tout ce qu’il y a de plus classique, avec un parvenu, Monsieur Patarin, qui n’est pas sans rappeler quelque arriviste bling-bling, aussi riche qu’intellectuellement épais et narcissique. Il y a le Don Juan, un peintre, André Sartène, amant de ces dames qui ne sait pas dire non, ce qui lui attire des ennuis. Il y a la maîtresse jalouse, la fille amoureuse et capricieuse (la gosse de riche !) et l’inénarrable baronne Skatinkolovitz, combinarde et calculatrice, reine des apparences, pas franchement élégante mais habile « dans le monde ». Toute cette petite société se côtoie : la fille est amoureuse du peintre qui a déjà une aventure avec Nane, qui elle-même se fait entretenir par le père de la fille, à l’insu de la mère et par l’entremise de la baronne ! Secouez le saladier : vous n’avez plus qu’à savourer la duperie, la jalousie, le quiproquo, l’art de la fugue et un peu de tendresse quand même.

Le plateau est admirable, tout comme la direction d’acteurs de Pascal Neyron, si juste et tellement efficace. La baronne d’Ariane Pirie, caricaturale à l’extrême, la voix haut-perchée, outrancièrement maniérée et diaboliquement manœuvrière, est à hurler de rire. La fille Patarin s’incarne merveilleusement dans le charme naturel de Dorothée Lorthiois, espiègle et sensuelle, maligne et tendre avec une pointe de franc-parler et une très jolie voix. Bons chanteurs aussi que Guillaume Paire et Alexandre Martin-Varroy, respectivement Sartène et Patarin, sans oublier la tigresse jalouse, Nane, campée par Léovanie Raud avec beaucoup de chien, Charlène Duval – grand travesti parisien – gauche et potiche à souhait en Madame Patarin, et Olivier Podesta en mari de location, veule et soumis, volontiers masochiste pour peu qu’on l’en dédommage !

Le bonheur sortait aussi de la fosse qui n’en était pas une : installés – à la guerre comme à la guerre – sur les premiers rangs des fauteuils du théâtre et emmenés énergiquement par Jean-Yves Aizic, les musiciens du Frivol’ensemble ont offert deux heures et demie de swing et de délicatesse, servies par une orchestration gourmande. Si le label discographique B Records – lié à la Fondation Singer-Polignac – voulait bien nous permettre de revivre les spectacles des Frivolités parisiennes à la maison, nous en serions comblés ! (12 avril)

 

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