Salle Cortot, les lauréats 2017 de l’Ecole normale de musique

Pour la première fois, l’Ecole normale de musique de Paris organisait un concert de gala réunissant les nouveaux récipiendaires du diplôme supérieur de concertiste, le plus haut brevet décerné par l’institution qu’Auguste Mangeot et Alfred Cortot ont fondée en 1919.
 
Aboutissement du cursus proposé par l’Ecole normale de musique, le diplôme supérieur de concertiste n’est ouvert qu’aux élèves de la maison ayant achevé le cycle supérieur d’exécution ou aux premiers prix des conservatoires supérieurs de Paris et de Lyon. Dans le cadre de l’harmonisation européenne de l’enseignement universitaire, cette sanction professionnelle est d’ailleurs assimilée au grade doctoral. Sur un total de 55 aspirants au titre, issus de huit disciplines différentes, 28 jeunes musiciens ont été primés cette saison, 9 d’entre eux ayant obtenu une mention et 3 seulement les félicitations du jury, que la directrice Françoise Noël-Marquis qualifie « d’exceptionnelles à ce stade du parcours ».
 
La soirée permit d’entendre les plus remarquables d’entre eux : deux flûtistes (Nana Onozuka et Irina Stachinskaïa, classes de Shigenori Kudo et Jean Ferrandis), un trio pour cordes et piano (Ryo Kojima, Michiko Kinoshita, Mizuki Nemoto, classe de Chantal de Buchy), deux pianistes (Shota Nakayama et Dimitri Malignan, classes de Paul Blacher et Ludmila Berlinskaïa), deux clarinettistes (Antanas Makstutis et Paolo Poma, classe de Patrick Messina). Ces interprètes encore en évolution attestent déjà l’excellence des formations reçues par leur maîtrise technique, leur maturité artistique et leur aisance sur la scène, quelles que soient les imperfections grevant leur jeu par ailleurs. Conforme à la ligne historique de l’établissement, leur programme, ouvert sur l’avenir mais ancré dans ses fondamentaux, propose la Fantaisie sur le Freischütz de Paul Taffanel, régal tout rossinien de facture, le Concerto pour flûte de Jolivet, deux mouvements du Trio de Ravel, la Suite de concert de Casse-Noisette transcrite pour piano par Mikhaïl Pletnev, la Sonate pour clarinette seule d’Edison Denisov, dissident célèbre, disciple de Chostakovitch, la Sarabande d’une Sonate pour flûte de Jean-Marie Leclair et la Fantaisie pour clarinette seule de Jörg Widmann.
 
Le lauréat le plus attendu de la soirée est un pianiste de 19 ans, Dimitri Malignan, auquel le jury vient en outre d’attribuer le prix Cortot qui couronne le meilleur d’entre les titulaires du diplôme supérieur de concertiste. Bachelier à 17 ans, musicien complet, également diplômé en analyse et musique de chambre, écriture, harmonie et composition, Dimitri Malignan poursuit parallèlement son apprentissage au conservatoire royal de La Haye.
 
Nous l’avions entendu pour la première fois au Danemark en 2013. Ses progrès sont saisissants. Dans quatre des Six pièces d’après Cendrillon de Prokofiev, le musicien, qui n’a plus rien d’un adolescent, révèle des dons, un naturel enviables, une intelligence très aigüe du textes qu’il défend, en particulier des lignes, de la structure organique, à l’échelle longue, de l’ouvrage : tempo giusto, subtile régistration des plans, irréprochable clarté digitale, legato cantabile, ressources dynamiques importantes utilisées à bon escient, respirations, rythmique solide, pédales et oreilles précises, concentration et absence d’effet. Certes, il lui faudra s’étoffer dans plusieurs domaines, rechercher un raffinement accru des nuances, des modes d’attaques et du toucher, étendre et mieux étager sa palette de couleurs et de timbres (il a joué davantage en soliste virtuose qu’en transcripteur de l’orchestre). Mais rares sont les jeunes gens qui dessinent un monde en creux de possibilité et n’offrent pas de sonder leurs limites au cours de leur passage de bravoure sur l’estrade. Talent prometteur, Dimitri Malignan possède cette « maîtrise fondamentale de la lettre qui seule permet d’atteindre à l’esprit », selon le mot de Cortot. Il continuera de nourrir son jeu par la culture et l’imaginaire (3 mai).

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