Ne tirez pas sur le pianiste !

Michèle Worms 10/05/2017
Voici donc Emmanuel Macron, 39 ans, élu président de la République. C’est le plus jeune chef de l’Etat que la République ait connu, si l’on fait abstraction de Bonaparte, premier consul à l’âge de 30 ans.
Quels que soient les sentiments que peuvent nourrir certains à son égard (beaucoup ont voté pour lui pour éviter le pire), nous ne pouvons que le remercier d’être apparu tel un météore, sans vraie expérience politique ni parti derrière lui, à ce moment si particulier et si intense de notre histoire.
Nous lui souhaitons bonne chance, car nous sommes tous concernés par ce quinquennat, d’autant plus que, quels que soient les résultats des élections législatives, nous savons que personne ne lui fera de cadeau dès qu’il s’agira de procéder à certaines réformes inéluctables. « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! » criait le fils du roi Jean le Bon pendant la bataille de Poitiers (1356).
Le président Macron aura fort à faire. Donc, cher lecteur, rassurez-vous, nous ne l’entretiendrons pas des problèmes des musiciens en France dans cet éditorial. Cela n’empêche toutefois pas de se poser des questions.
Que pouvons-nous attendre du nouveau ministre de la Culture ? Il sait sans doute déjà que son budget est presque entièrement dévoré par les grandes institutions nationales, dont les dépenses s’accroissent de façon mécanique d’année en année.
Mais un bon ministre de la Culture peut connaître ses dossiers et donner un élan, une direction, ce qui a cruellement manqué dans le dernier quinquennat. Il ne suffit pas de se “taper” un spectacle et d’en féliciter les auteurs, comme le recommandait François Hollande. Il s’agit de soutenir avec passion la culture, sous toutes ses formes sans doute, mais si possible, sous celles qui apparaissent les plus porteuses d’émotions, tout en étant les plus efficaces pour stimuler et entretenir les activités cérébrales. La musique, par exemple !
Il peut aussi soutenir les collectivités territoriales qui sont contraintes de réduire leurs dépenses et, donc, limitent leurs efforts en faveur de la musique.
Mais c’est le ministre de l’Education nationale qui aura un rôle primordial, s’il arrive à faire appliquer la volonté affichée d’une éducation musicale dès les premières années de l’école, donc dès l’âge de 3 ans ! Si nous avons un bon ministre de l’Education qui travaille main dans la main avec le ministre de la Culture, nous tenons là une chance qui servira aussi aux collectivités territoriales.
Monsieur le Président, vous avez vous-même étudié le piano pendant quelques années au conservatoire d’Amiens. Vous y avez même obtenu, dit-on, une médaille pour votre interprétation d’une sonate de Mozart. Vous aimez donc la musique et vous avez constaté ses bienfaits. Espérons que vous accorderez à tous les enfants la chance de la connaître et de l’aimer aussi.
Quant à vos adversaires, nous leur demandons de ne pas tirer trop vite sur le pianiste !

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