Radio France : du nouveau du côté des formations musicales

Philippe Thanh 11/05/2017
Signature d’un nouvel accord collectif, arrivée d’un nouveau directeur musical à l’Orchestre national de France…, les phalanges de Radio France connaissent d’importantes mutations. Etat des lieux.
Le 31 mars, un nouvel accord collectif a été signé, entre la direction de Radio France et trois organisations syndicales (Sud, Unsa et CFDT). Un événement d’importance qui concerne également les formations musicales de la radio : l’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique, le Chœur et la Maîtrise de Radio France. « Cela faisait une trentaine d’années que ces accords n’avaient pas été revisités à Radio France. Or, durant cette période, le monde de la musique a considérablement évolué. Paris est passé d’un statut de sous-préfecture à celui de capitale internationale de la musique ! La carte musicale de la ville a été entièrement bouleversée, avec l’inauguration, ces dernières années, de l’auditorium de Radio France, de la Philharmonie et, récemment, de la Seine musicale, sans oublier l’ouverture annoncée d’un nouvel auditorium de la Fondation Louis-Vuitton », nous explique Michel Orier, directeur de la musique à Radio France, avant de préciser que « ce qui a empêché l’évolution du monde des orchestres, ce fut, pendant trop longtemps, l’absence de discussions sur le métier et l’avenir des musiciens. Ce nouvel accord est le fruit de débats avec les représentants des musiciens, tant ceux des syndicats que des commissions. Les nouvelles générations de musiciens n’ont pas envie d’être anachroniques ».

Renouvellement du public

Parmi les priorités de toute structure musicale du 21e siècle figure, évidemment, la question du renouvellement du public. La Philharmonie de Paris a ainsi développé un large programme éducatif, en mettant notamment en place une offre importante d’actions culturelles le week-end, propice aux familles. Jusqu’à présent, les formations musicales de Radio France ne pouvaient travailler que six dimanches par an : désormais, avec le nouvel accord collectif, elles pourront se produire jusqu’à quinze dimanches par an. Le but est également qu’elles se produisent davantage en région. « Nous pouvons jouer dans de très bonnes conditions. Il y a en France une dizaine d’auditoriums avec une excellente acoustique. Nous avons ainsi facilité les déplacements en tournée, en repensant le système de décompte des horaires. On ne joue en général un programme qu’une seule fois ; il faut, à mon sens, monter un peu moins de programmes, mais les donner davantage », poursuit Michel Orier. Certains représentants syndicaux souhaitaient inclure dans le nouvel accord la pénibilité du travail de musicien. Une demande qui n’a pas abouti : « Bien sûr, les musiciens sont exposés à des risques de troubles auditifs ou musculo-squelettiques. Et je souhaite mettre en place davantage de visites d’ostéopathes ou de kinésithérapeutes, concède le directeur de la musique à Radio France. Mais on ne peut pas parler de pénibilité pour les musiciens, comparé à ce qu’endurent d’autres corps professionnels. »

Implication artistique

Pour éviter toute routine, risque inhérent aux formations permanentes, il est nécessaire d’impliquer davantage les musiciens dans le fonctionnement des phalanges. A Radio France, les programmations sont désormais discutées au sein des commissions d’orchestres, même si, naturellement, la décision finale revient au directeur musical. Une prise de responsabilité qui réjouit les musiciens. Et, à partir de la saison prochaine, se développent, en parallèle, les programmes de musique de chambre : « Nous demandons à certains des solistes – que nous invitons à jouer un concerto, par exemple – de donner également avec nos musiciens un programme de musique de chambre », explique Michel Orier. L’impact de ces avancées ne concerne pas que les musiciens : aujourd’hui, le public se réjouit, lui aussi, de l’arrivée de nouveaux formats, loin du rituel ouverture-concerto-symphonie.

La délicate question des effectifs

Ce fut l’un des sujets les plus épineux de la négociation. Au moment des grèves de 2015 à Radio France, les musiciens avaient exprimé leur angoisse de voir les deux orchestres fusionner en une seule phalange. Ou encore que l’une des deux phalanges quitte la maison de la Radio pour s’implanter dans une autre salle de concert, à Paris ou en région. Les rumeurs avaient fait état du théâtre des Champs-Elysées ou de l’Auditorium de Dijon… Au final, il n’y a eu ni fusion ni transfert. Mais des économies ont pour autant dû être réalisées. « Nous comptions 377 musiciens. Le nouvel accord collectif prévoit d’aboutir à 336 musiciens (soit une réduction de l’effectif de 114 à 90 pour le Chœur, de 122 à 114 pour l’Orchestre national et de 141 à 132 pour l’Orchestre philharmonique de Radio France), mais sans aucun départ contraint. Cela ne se fera que par des départs à la retraite non remplacés. Nous restons la principale force de production musicale du pays », précise Michel Orier. Du côté des musiciens, même si on regrette ces baisses d’effectif, c’est le soulagement qui prévaut. De nouveaux modes de fonctionnement vont aussi être mis en place : des musiciens d’un orchestre pourront être amenés à jouer dans l’autre phalange de la maison – une révolution ! De quoi réduire le recours à des supplémentaires tout en augmentant la durée du temps de travail effectif réalisé par les musiciens des deux orchestres, comme le préconisait la Cour des comptes. On pourra ainsi entendre la saison prochaine Music for 18 Musicians de Steve Reich, avec des percussionnistes issus des deux phalanges. Le Chœur de Radio France va être aussi amené à développer le nombre de ses concerts avec les orchestres : pas moins de douze programmes la prochaine saison.

Activités annexes

Il était, jusqu’à présent, coûteux et malaisé de faire appel aux orchestres de Radio France pour enregistrer des musiques de film. Les producteurs préféraient engager des phalanges anglo-saxonnes, comme le London Symphony Orchestra, au fonctionnement bien plus souple. Ou carrément aller enregistrer à moindres frais les bandes originales avec des orchestres de radio d’Europe de l’Est ; une forme de dumping, dénoncée par le Centre national du cinéma. Pour rendre les formations de Radio France plus compétitives, il a fallu procéder à plusieurs changements dans la convention collective : « Il était jusqu’alors prévu d’avoir une pause de 45 minutes après un service de trois heures d’enregistrement pour le cinéma ou la télévision ; une durée qui s’expliquait autrefois par la chaleur dégagée par les projecteurs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et une interruption aussi longue n’a plus de sens. Nous nous sommes mis d’accord sur une pause de vingt minutes », se réjouit le directeur de la musique à Radio France. C’est ainsi qu’a pu être enregistrée récemment la bande originale de Valérian de Luc Besson, composée par Alexandre Desplat, par l’Orchestre national de France – un enregistrement rendu également possible par les nouveaux dispositifs de crédits d’impôt du cinéma.

L’auditorium

L’auditorium de Radio France a connu, à son ouverture, un démarrage difficile en termes de fréquentation, en raison notamment de la concurrence de la Philharmonie de Paris. « Nous avons aussi dû changer notre façon de travailler, repenser notre organigramme. Il a ainsi fallu mettre en place une vraie politique de relations publiques ; un secrétaire général a été nommé, en la personne de Denis Bretin. Les premiers signes sont encourageants : nous sommes passés en fréquentation payante de 58 % l’année dernière à 72 % au cours de cette saison », affirme Michel Orier. La priorité est maintenant de développer une billetterie encore plus perfectionnée, et de maîtriser ainsi la chaîne de A à Z. Il a été aussi nécessaire de repenser la complémentarité avec les antennes, France Musique, mais aussi France Culture (avec les concerts fictions) ou France Inter. Dans le nouvel accord collectif ont ainsi été prévues des plages blanches dans la programmation, à raison de quatre par saison, pour permettre aux phalanges de répondre à la demande des radios, dont le planning n’est pas figé aussi longtemps à l’avance que les saisons des orchestres.

Complémentarité artistique

Les musiciens, comme les spectateurs, attendent maintenant avec impatience l’arrivée du nouveau directeur musical de l’Orchestre national de France, qui prend officiellement ses fonctions en septembre prochain, Emmanuel Krivine. Du côté de l’Orchestre philharmonique de Radio France, les nombreuses annulations de Mikko Franck ces dernières saisons, pour raisons de santé, ont pu légitimement inquiéter les musiciens. Mais la situation semble s’améliorer : Mikko Franck vient de prolonger son contrat jusqu’en 2022. Reste l’un des enjeux essentiels : améliorer la complémentarité artistique des deux phalanges, d’autant que les deux chefs entendent bien, l’un et l’autre, défendre le grand répertoire. Michel Orier nous promet qu’il n’y aura plus les doublons qu’on a pu rencontrer dans le passé, où les mêmes œuvres étaient données par les deux orchestres à quelques jours d’intervalle. L’arrivée de deux nouveaux délégués artistiques – Jean-Marc Bador au Philharmonique et Eric Denut au National – devrait contribuer au retour de l’harmonie. Chaque phalange va affiner ses spécificités : musique française au National, répertoire “historiquement informé” ou œuvres du 20e siècle au Philharmonique.
En ce qui concerne les rémunérations des directeurs musicaux, Radio France, bien que financée par la redevance, n’entend pas communiquer le montant de leur rémunération, qui s’élève à plusieurs centaines de ­milliers­ d’euros par an.
Quant aux recettes, elles atteignent 3 millions d’euros annuels pour la billet­te­rie. Un écart dépenses-recettes qui doit désormais se justifier par un projet artistique ambitieux et une augmentation de la fréquentation.
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