La réussite de Pelléas et Mélisande au théâtre des Champs-Elysées

Philippe Thanh 13/05/2017
Michel Franck, le directeur du théâtre de l’avenue Montaigne, peut être satisfait. Son Pelléas et Mélisande, dernière production scénique de sa saison, est une réussite complète : musicale, vocale, scénique.

Eric Ruf signe ici mise en scène et scénographie : un plateau noir, un décor unique avec un mur concave qui est tout à la fois forêt, salle du château, caverne, fontaine, chambre… Au sol, un bassin figure l’élément liquide omniprésent dans l’ouvrage. Beaux costumes de Christian Lacroix, tous noirs, sauf les robes scintillantes de Mélisande, comme échappées d’un tableau de Klimt, qui seules, avec la chevelure rousse de l’héroïne, captent la lumière dans une pénombre savamment sculptée par les lumières de Bertrand Couderc. La lecture de Ruf ne s’éloigne guère d’un premier degré assumé notamment dans scène de la tour (avec cette masse de cheveux qui descendent et que la chanteuse semble peiner à remonter) mais suit au plus près le texte de Maeterlinck et la musique de Debussy. La direction d’acteurs, millimétrée, dessine avec art les rapports complexes qui relient les personnages.

Le plateau réunit une distribution digne d’éloges, à commencer par le Pelléas de Jean-Sébastien Bou, familier du rôle depuis une bonne quinzaine d’années (il l’avait abordé à Tours en 2000, sous la direction de Jean-Yves Ossonce). Autant dire qu’il l’investit totalement, avec la même clarté de l’élocution, la même projection. Mieux, il a réussi à lui conserver le côté juvénile du personnage, qui faisait alors le prix de son interprétation. Maîtrisant à la perfection la prosodie de notre langue, le baryton américain Kyle Ketelsen, voix d’airain, est un Golaud ténébreux et torturé, en quête d’une impossible vérité. Mélisande plus charnelle que diaphane, Patricia Petibon parvient cependant à rendre le mystère de son personnage. Parmi les seconds rôles – mais y a-t-il des seconds rôles dans Pelléas ? – Jean Teitgen incarne un Arkel bouleversant d’humanité et de tendresse, Sylvie Brunet-Grupposo une Geneviève tout aussi touchante et à l’articulation exemplaire (la lettre…). Enfin Jennifer Bourcier incarne Yniold avec style et sobrieté.

Dans la fosse, l’Orchestre national de France, héritier d’une longue tradition (il enregistra la version légendaire dirigée par Inghelbrecht), trouve en Louis Langrée l’interprète idéal du chef-d’œuvre de Debussy. Interprétation magistrale et sensible, jouant des couleurs sans jamais les fondre, ciselant les détails tout en faisant palpiter le drame à chaque mesure. (9 mai) 

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous