Au théâtre des Champs-Elysées, le centenaire des trois sonates de Debussy

Terrassé au printemps 1918 par le mal qui le rongeait de longue date, Debussy ne vit pas l’armistice. Des six sonates que l’auteur du Noël des enfants qui n’ont plus de maison avait projeté d’écrire dès 1914, en hommage patriotique aux maîtres du 18e siècle, trois seulement furent achevées. Cent ans plus tard, réunis autour de Dominique de Williencourt, un maître du nô et de grands interprètes français ont fait dialoguer l’avant-garde debussyste et celle d’aujourd’hui.

C’est avec plaisir que le public du théâtre des Champs-Elysées a accueilli ce programme présenté dans une scénographie maîtrisée, placée sous le signe de l’Orient, qui donnait à voir et entendre plusieurs œuvres en création mondiale : un hommage d’Emile Naoumoff à Debussy (Comme un rêve éveillé), deux pièces de Williencourt (L’Attente, Les Etres, là) et une chorégraphie originale de Masato Matsuura.

Introduit selon la tradition du théâtre nô, nimbé de lumière, Jean Ferrandis, subtil, évocateur en diable, dessine les arabesques de Syrinx (Mais voici que Pan recommence à chanter…). Bruno Pasquier et Marielle Nordmann le rejoignent dans la Sonate pour flûte, alto et harpe créée le 10 décembre 1916 : l’ensemble est d’une beauté, d’une distinction rares de couleurs et de timbres, surtout dans le menuet central, d’une audace d’écriture qui surprend encore aujourd’hui. Distingué, passionné (admirable comme une personnalité dispose à sa guise d’un bel enseignement reçu), Dominique de Williencourt phrase l’Elegie de Fauré, en allant, sans l’épais grain ni le pathos qu’on y met volontiers. Facilités étonnantes, à l’archet comme sur la touche, dans la Sonate de Debussy (créée le 24 mars 1917 à Paris) où Naoumoff montre l’ampleur de ses dons, qui joue moins en pianiste qu’en musicien complet : compréhension absolue de l’entrelacs des lignes, de l’harmonie, de la place assignée à chaque note, des dynamiques, du détail comme de l’ensemble. L’évocation espagnole du Finale est savoureuse à souhait.

Sommet de la soirée, la recréation par Gérard Poulet de la Sonate pour violon que son père Gaston avait fait entendre pour la première fois il y a un siècle, le 5 mai 1917, accompagné par le compositeur en personne : langage bu à la source, intonation impeccable, sonorité fine, racée, à la Szeryng…

Le voyage prend fin avec le Prélude à l’après-midi d’une faune transcrit par Schoenberg. Masato Matsuura y dialogue avec Diaghilev, Bakst et Nijinsky par-delà l’espace et le temps, dans une interprétation du mythe personnelle, entouré d’Hélène John William et d’Audrey Marquis Evalaum. S’unissant au quatuor flûte, violon, alto, violoncelle, François-Xavier Bourin (hautbois), Pierre Génisson (clarinette), Tanguy de Williencourt (Steinway spécialement réglé par Luc Guiot), Qiaochu Li (harmonium, cymbales antiques), Yuri Kuroda (violon), Florentin Ginot (contrebasse) : magies sonores, concentration des voix, tempo giusto, équilibre, sensualité… (22 mai)

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