Au festival Chopin à Paris, piano rime avec transmission

Suzanne Gervais 31/05/2017
Le 34e festival Chopin à Paris investit l’Orangerie de Bagatelle, du 17 juin au 14 juillet. “Passion et transmission”, tel est le thème de cette édition qui verra six pianistes se produire avec un de leurs élèves. Marie-Catherine Girod partagera ainsi un récital. Entretien.
Quelles sont vos relations avec le festival ?
J’y ai joué pour la première fois lors de la deuxième édition : il n’y avait alors pas de véritable scène et nous jouions dans un coin de l’Orangerie. Le public est vite venu en nombre aux concerts : le choix des thèmes est toujours pointu et audacieux, ce qui donne des programmations très stimulantes pour les artistes. On pourrait se dire « un festival Chopin, cela a été fait et refait », mais pas du tout : les éclairages sont chaque année différents et on ne s’ennuie jamais. La Société Chopin, organisatrice de la manifestation, fait par ailleurs totalement confiance aux choix des interprètes.
La transmission, voilà un thème cher aux musiciens…
Elle est au cœur de notre métier, que l’on soit pédagogue, bien sûr, mais aussi concertiste. La transmission est difficile : je cherche, avec mes étudiants de l’Ecole normale, à faire naître un processus d’éveil et de curiosité. Je ne conçois pas l’attitude de l’enseignant comme celle d’une figure autoritaire qui imposerait ses idées. Il faut amener l’élève à se poser les bonnes questions. Tout notre art est de transmettre un style auquel nous croyons, tout en respectant les choix de l’élève. Du moment qu’il respecte le texte, bien entendu.
Pouvez-vous nous présenter l’étudiant avec qui vous partagerez la scène ?
Sheng Wang est un pianiste chinois de 25 ans à la technique impressionnante, qui travaille avec moi depuis 2011. Nous avons tout de suite développé une complicité en termes de style et de répertoire : les romantiques et le 20e siècle, avec notamment Chopin et Prokofiev, que nous interpréterons à Bagatelle. Il jouera avant moi et je serai, comme à chaque fois qu’un de mes élèves se produit, paralysée par le trac… Ce doit être une réaction d’enseignant ! La confiance est essentielle entre le professeur et l’élève, que nous devons pousser à s’exprimer. Se produire au cours du même récital est unique.
Jusqu’à quel point un professeur transmet-il à son élève ?
Enseigner requiert une part de psychologie : il faut se faire une idée claire de l’étudiant, pour l’aiguiller vers le répertoire qui lui conviendra. Notre mission est là. Je sais que Sheng Wang sera un très beau pianiste romantique. Faire carrière en tant que concertiste est de plus en plus difficile, surtout quand on n’a pas la chance de gagner un concours renommé. Aujourd’hui, on demande aux pianistes de couvrir un répertoire immense, ce qui est périlleux. Le festival Chopin encourage les jeunes pianistes, notamment avec le concert de jeunes solistes. Un professeur reste toujours attentif à la carrière d’un étudiant brillant.

Six concerts permettront d’entendre des pianistes reconnus avec leurs élèves :

Anne Queffélec et Clément Lefebvre le 19 juin ;
Marie-Catherine Girod et Sheng Wang le 27 ;
Abdel Rahman El Bacha et Camille El Bacha le 29 ;
Dominique Merlet et David Salmon le 6 juillet ;
Jean-Marc Luisada et Alexandra Matvievskaya le 11 ;
Laurent Cabasso avec Slava Guerchovitch le 12.
Sept jeunes pianistes se succéderont sur scène le 18 juin lors du concert “Jeunes solistes”. A l’affiche également : Guillaume Coppola, Jean-Paul Gasparian, Iddo Bar-Shaï, Marie-Ange Nguci, Ingmar Lazar… En tout, 15 concerts. > 01 45 00 22 19
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