A Paris, La Reine de Chypre d’Halévy, une résurrection attendue… mais boiteuse

Philippe Thanh 08/06/2017
Une vraie rareté était à l’affiche du théâtre des Champs-Elysées, avec cet ouvrage oublié que l’équipe de Palazzetto Bru Zane vient de faire renaître en ouverture de son 5e festival parisien (qui compte aussi, entre autres trouvailles, Phèdre de Lemoyne ou Le Timbre d’argent de Saint-Saëns). Las ! un chanteur souffrant et c’est tout l’édifice élevé pierre à pierre, pendant deux ans de travail, qui bascule.

Créée en 1841 à l’Opéra de Paris, La Reine de Chypre s’inspire – très librement – de la vie de Caterina Cornaro qui épouse, à la demande de la république de Venise, Jacques de Lusignan, promis au trône de Chypre. Dans le livret tricoté par Vernoy de Saint-Georges (que Donizetti réutilisera peu après pour sa Caterina Cornaro), la future reine est éprise d’un chevalier français Gérard de Coucy : les manœuvres du sénat vénitien rompent cette idylle et contraignent Catarina à épouser Lusignan que la Venise veut placer sur le trône de Chypre… Dans le cadre très formel du grand opéra à la française, Fromental Halévy, comme il l’avait fait pour La Juive, tisse une orchestration particulièrement soignée dans les moments intimes auxquels l’Orchestre de chambre de Paris a parfois préféré le fracas des grandes scènes d’ensemble. A sa tête, Hervé Niquet était avant tout concentré sur la prestation des solistes, accompagnant du mieux qu’il pouvait la prestation du ténor.

Curieuse soirée en effet que cette version de concert, très attendue et qui a pourtant laissé le public terriblement frustré. En cause, la défection du ténor initialement prévu, puis celle de son remplaçant, lui aussi tombé malade ! Que faire ? Impensable d’annuler cette unique soirée s’agissant d’une œuvre aussi rare. Un troisième ténor est sollicité pour sauver la soirée : Sébastien Droy a accepté de jouer les pompiers volants. Le chanteur, qui n’a pas disposé de 24 heures pour découvrir la partition et n’a évidemment pas pu répéter, s’en est tiré comme il a pu, épuisé par une journée de travail intensif, chantant – marquant serait plus juste, accroché à la partition – les parties solistes et s’abstenant dans les ensembles au prix d’un navrant déséquilibre. Quand on songe que le rôle de Gérard avait été écrit pour Duprez qui faisait sensation avec son « ut de poitrine » !

On le déplorera d’autant plus que l’ensemble de la distribution n’appelle que des éloges. Tous les chanteurs font preuve d’une diction à rendre le surtitrage superflu, A commencer par la basse grecque Christophoros Stamboglis (Andréa Cornaro), le seul non francophone parmi les solistes, voix de bronze et articulation impeccable. Seule rôle féminin, Catarina Cornaro est confiée à Véronique Gens, toujours impeccable en tragédienne blessée, exemplaire de noblesse d’expression, mais qui se trouve bien seule dans les duos passionnés qu’Halévy avait concoctés pour Rosine Stolz. Le baryton Etienne Dupuis est Lusignan de haute race, stylé, vaillant, phrasant avec une belle élégance, bouleversant de noblesse au dernier acte, tandis que le ténor Eric Huchet donne à Mocénigo toute la noirceur cauteleuse de l’inquiétant envoyé du sénat vénitien. Bravo, enfin, à l’excellent chœur de la Radio flamande, un protagoniste à part entière. (7 juin)

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous