Une rareté, Phèdre de Lemoyne au théâtre des Bouffes-du-Nord

Philippe Thanh 09/06/2017
Le festival Palazzetto Bru Zane à Paris se poursuit, après La Reine de Chypre d’Halévy et avant Le Timbre d’argent de Saint-Saëns, avec une tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lemoyne (1751-1796), Phèdre, adaptée de Racine par le librettiste François-Benoît Hoffmann. Il s’agit ici d’une adaptation “chambriste” (du musicologue Benoît Dratwicki) pour quatre chanteurs et dix instrumentistes qui prenait toute sa place dans le cadre si intime des Bouffes-du-Nord à Paris.

L’espace de jeu, qui s’insère tout juste dans le cadre de scène du théâtre, est un quadrilatère découpé de neuf ouvertures carrées où prennent place les (excellents) musiciens du Concert de la Loge, dirigés avec précision par le violoniste Julien Chauvin. Circulant entre eux, dans ce huis-clos, les protagonistes (Phèdre, Œnone, Hippolyte et Thésée) déroulent les tourments de la passion, humains jouets des dieux, qu’épinglent les lumières de Dominique Bruguière, dans une mise en scène épurée de Marc Paquien.

La musique de Lemoyne mérite vraiment d’être redécouverte (il a laissé une quinzaine d’ouvrages lyriques) et, dans sa Phèdre (créée en 1786 à Fontainebleau), il fait montre d’un langage propre, héritier à la fois de Rameau et de la tradition gluckiste. D’autant que l’œuvre est servie ici par un quatuor de chanteurs acteurs de premier plan. A commencer par la Phèdre de Judith Van Wanroij, tragédienne amoureuse et mère, dardant les mots et les notes avec une poignante intensité. La Moldave Diana Axentii est une confidente à la voix solide et à la diction soignée. Le ténor Enguerrand de Hys, doré comme une idole (costume et cheveux) est un Hippolyte tourmenté, beau timbre et voix bien conduite, tandis que le Thésée de Thomas Dolié s’impose par sa voix percutante mais stylée. (8 juin)

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