Michel Dalberto clôt brillamment la saison de Piano à Lyon

Après Martha Argerich, Christian Zacharias ou Piotr Anderszewski, le pianiste français se produisait dans la salle Rameau. Grandes pages de Franck, Beethoven et Fauré avec ce plus local : les mains de l’artiste projetées en direct sur grand écran

Profond, charismatique, Dalberto est un interprète d’une culture et d’une éthique admirables. Voilà des mains qui ancrent le discours au cœur du clavier, sculptent, colorent, chantent et respirent depuis l’épaule, propulsant traits et motifs avec le poids des bras, la souplesse de poignets mobiles, l’exigence de doigtés d’une conception toute musicale. Nous l’avons dit déjà : cette organisation de la pensée, cette finesse de goût, ce jeu sans artifice gouverné par l’oreille, l’instinct, le métier, comblent et vengent assurément de prestations insipides. Mais c’est aussi qu’il y avait, pour les connaisseurs, le régal d’entendre cet héritier de Vlado Perlemuter et de Jean Hubeau reproduire un geste historique et s’épanouir dans un programme digne d’Edouard Risler où il réussit l’alliance du flamboyant et de l’intime. Juste leçon d’art et de style.

Sonate dite au Clair de lune de Beethoven : Adagio preste, à la blanche, au chant timbré tel un glas, Allegretto sonore et dansant, Presto angoissé, lyrique en ses thèmes mais classique encore de facture. Serein, libre et fluide, le Prélude, aria et finale de Franck offre le répit de sa tonalité relative, mi majeur, qui dessine ses phrases, réitère ses motifs, déploie sa forme et ses modulations savantes avec un sens inné de la conduction sonore, souvent des profondeurs d’orgue, sans brouillard de pédale.

Choisis parmi les plus significatifs, les difficiles Nocturnes (nos 7, 9, 11 et 13) révèlent ce je-ne-sais-quoi de l’ineffable mystère fauréen, noterait Jankélévitch. Pudiques mais droits, concentrés jusqu’à l’hermétisme, parfois violents, aussi éloignés dans leurs lignes et leurs entrelacs qu’on peut l’être d’un fin-de-siècle salonnard. On voudrait convoquer là de grandes références, Ferber, Doyen, François, Lefébure ou Thyssens-Valentin, mais ces pages poignantes sont senties, vécues personnellement.

Héroïque, tempétueuse, la Sonate Appassionata qui ferme le programme est projetée avec grandeur depuis la fosse (thème si familier du destin !). Reliefs, contrastes, puissance expressive, autorité : rien n’y manque, et l’ovation est à la mesure.

En bis, superbement touché, Morgen de Richard Strauss, dans une transcription pour clavier de Michel Dalberto (la pièce ayant été orchestrée par le compositeur), puis Impromptu en mi bémol de Schubert, avec triolets chantés et coda passionnée (9 juin).

 

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