Un prodigieux malentendu

Benoît Menut 13/06/2017
France 2 a retransmis, depuis un stade Pierre-Mauroy de Lille plein comme un œuf, l’émission “Prodiges, le grand concert” (le 2 juin). Ce programme se présente comme un concours réunissant de jeunes musiciens et danseurs de 7 à 16 ans et un jury d’artistes renommés. Depuis sa diffusion, les esprits s’échauffent sur les réseaux sociaux.
Des musiciens classiques s’insurgent contre cette émission, tandis que des spectateurs témoignent de leur sincère contentement face à ce programme et ne comprennent pas qu’une partie importante du monde musical le critique. Dès lors, celui-ci est, par une mécanique bien connue, taxé d’élitisme et comparé à une arrière-garde insensible aux bienfaits de l’émission envers le public.
Du point de vue des musiciens, ce sont des œuvres amputées, “revisitées”, dont ne ressort que le gimmick, pour pouvoir tenir dans la case de trois ou quatre minutes issue du format de la musique pop. Ce sont les codes de la télé, nous dit-on. Certes, mais ces codes-là sont-ils compatibles avec notre art ? En Angleterre, les Prom’s sont retransmises par la BBC : écoutons et comparons.
C’est aussi une réalisation spectaculaire, mais qui oublie la qualité sonore (d’ailleurs, dans un stade, c’est souvent compliqué). Les extraits du grand répertoire lyrique sont inadaptés aux voix des jeunes. Un méli-mélo façon best of s’inspire parfois des tracklists de disques de certains participants produits par Warner Classics, partenaire de l’émission.
Du point de vue du public, il y a une authentique émotion. Il nous faut aussi respecter le travail des petits et des grands (plus de dix mille choristes avaient été réunis). Et reconnaître une visibilité formidable (quel budget ce doit être !) ainsi qu’une mécanique bien huilée, issue des shows de variétés.
Quant aux enfants, même avec bienveillance, on ne peut les appeler prodiges. Ce sont des apprentis musiciens, comme des milliers d’autres en France. Alors, faisons-leur jouer des morceaux adaptés qui les mettent en valeur, respectons leur passion et la musique qu’ils peuvent porter. Le sentiment qu’ils sont devenus des pions sur cet échiquier médiatique est assez troublant.
On rêve bien sûr d’une émission qui montrerait, avec respect, le quotidien des élèves de conservatoire : le travail, l’abnégation, la passion, la transmission, les sacrifices, la découverte de soi. Ce serait une merveilleuse possibilité de les valoriser et de montrer le remarquable travail accompli dans les écoles de musique. Qui fait, produit et construit “Prodiges” ? Pourrions-nous dialoguer ? France 2 est aussi la chaîne de tous.
Vraiment, avec un dixième du budget du barnum de Lille, ne serait-il pas possible de faire ainsi découvrir nos petits musiciens ? Guy Debord écrivait : « A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. » Alors, si par la musique, de prime abord, nous rêvions tous ensemble ?

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Commentaires

  • Il y a du pour et du contre. Ça fait comprendre à ceux qui n’aiment pas le classique que ça peut être agréable ; et les instrumentistes et les danseurs sont admirables. Pour les chanteurs, je n’aime pas du tout le petit garçon qui avait chanté avec l’Armée russe, il me fait penser à Yoko. Quand il chante, on a l’impression qu’on a marché sur la queue du chat car il chante ultra aigu et détonne beaucoup. L’autre qui avait gagné avec une voix d’enfant, a maintenant mué et sa voix n’est pas terrible.
    Quant aux filles, on leur fait chanter des "grands airs" qui ne sont pas toujours adaptés à leur voix et à leur "coffre". Mais elles avaient une superbe voix pour la plupart, et si on ne la leur casse pas avec un répertoire trop fatigant pour leur voix actuelle, elles peuvent aller loin.
    Mais instrumentistes, danseurs ou chanteurs (même le petit chat), je les admire car, pour avoir une telle maîtrise, il leur a vraiment fallu travailler !

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