Salle Favart, Le Timbre d’argent, un opéra oublié de Saint-Saëns

Philippe Thanh 19/06/2017
Longtemps, Saint-Saëns a été tenu pour le compositeur d’un seul opéra, Samson et Dalila, le reste de sa production ne devant qu’à des initiatives isolées (Henry VIII remonté par Pierre Jourdan à Compiègne en 1991, La Princesse jaune à l’Opéra-Comique en 2004…) de ne pas être totalement oubliée. Le Palazzetto Bru Zane, qui a fait depuis revivre Les Barbares et Proserpine, soutient aujourd’hui la renaissance du Timbre d’argent, dans le cadre de son festival parisien qui a permis de découvrir La Reine de Chypre d’Halévy et Phèdre de Lemoyne.

Du Freischütz aux Contes d’Hoffmann, en passant par Faust, le 19e siècle s’est montré friand de fantastique et d’intrigues… diaboliques. Le jeune Saint-Saëns suit cette veine en mettant en chantier son premier opéra, Le Timbre d’argent, en 1865. Après bien des vicissitudes, l’ouvrage voit finalement le jour en… 1877. Il sera ensuite remanié à plusieurs reprises par le compositeur et notamment en 1914 pour des représentations bruxelloises. C’est cette ultime version qui est donnée à l’Opéra-Comique. Difficile, dès lors de réduire la partition à une simple œuvre de jeunesse. Pour autant, l’œuvre semble manquer d’unité, passant d’un genre à l’autre et allant d’un raffinement mélodique poussé à l’extrême à la quasi facilité. L’ouverture, elle-même, paraîtrait interminable si elle n’était magnifiée par la direction de François-Xavier Roth et par son ensemble Les Siècles dont le jeu de timbres et de couleurs a fait merveille tout au long de la soirée.

Le timbre d’argent, c’est une sonnette enchantée qui va permettre à Conrad, un peintre désargenté de connaître l’opulence chaque fois qu’il la fera retentir. Mais pour prix de cet afflux d’or, l’un de ses proches mourra. Conrad s’éprend d’une ballerine aussi séduisante que cupide, Fiammetta (Raphaëlle Delaunay, excellente danseuse), qui le détournera de la tendre Hélène et le conduira à l’abîme… avant qu’il ne s’éveille et ne réalise que tout cela n’était qu’un mauvais rêve.

La mise en scène de Guillaume Vincent suit presque à la lettre le livret tout en transposant l’intrigue dans un univers intemporel, qui fait une large place à la fête, ambiance de music-hall ou de boîte de nuit (avec boules à facettes et effets stroboscopiques). Un peu plus d’imagination aurait été bienvenue.

Le ténor Edgaras Montvidas soutient avec vaillance le rôle écrasant de Conrad, à la ligne très tendue, au prix parfois de l’expressivité. Bénédict l’ami de Conrad, est magnifiquement incarné par Yu Shao ; il faut dire que Saint-Saëns lui a écrit quelques uns des plus beaux passages de l’œuvre et que le ténor chinois fait montre d’une diction sans reproche et conduit son chant avec style et musicalité. Le Méphisto de l’histoire – ici, il se nomme Spiridion – est incarné par Tassis Christoyannis qui excelle en démon tentateur, passant du rôle de médecin peu recommandable à celui d’un aristocrate décadent ou devenant un chanteur de cabaret. Voix longue et bien conduite, timbre de bronze, versatilité de l’interprète, le baryton grec s’impose et domine le plateau. Hélène Guilmette incarne l’amoureuse de Conrad, avec une jolie voix et une interprétation émouvante. Jodie Devos séduit en Rosa, la fiancée de Bénédict, une des victimes du timbre d’argent. Superbe travail du chœur Accentus, ici très sollicité. (13 juin)

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