Anne Queffélec et Clément Lefebvre au festival Chopin à Paris

Répondant les premiers au thème de cette 34e édition, “Passion et transmission”, Anne Queffélec et Clément Lefebvre, incarnant « l’expérience et la jeunesse, le maître et le disciple », ont paru l’un après l’autre puis ensemble sur la scène de l’orangerie de Bagatelle après avoir détaillé leur programme à l’oral.

Ancien élève du Conservatoire de Paris, premier prix du concours James-Mottram de Manchester, Clément Lefebvre (né en 1989) est un pianiste en devenir, sensible, cultivé, soucieux de « mener à bien une réflexion musicale et d’atteindre à l’autonomie ». S’inscrivant avec pertinence dans la thématique générale, le jeune homme avait souhaité illustré des passages de relais successifs entre Couperin, Chopin (le « Couperin du 19e siècle », disait Wanda Landowska) et Debussy… qui finit par dédier ses Etudes à Chopin après avoir longuement songé au premier, qu’il aimait le mieux d’entre les “vieux maîtres”.

Jouant de relations d’écriture plus encore que de rapports de tonalités, lissant le mouvement dans chacun des couples obtenus, Lefèbvre alterne Le Point du jour avec le Prélude en si mineur, Les Petits Moulins à vent avec le Prélude en sol, La Pantomime avec le Prélude en do dièse mineur, L’Arlequine avec le Prélude en ré bémol. Légèrement nimbé, le jeu est vif, clair, ferme à droite, raffiné, dessiné nettement et registré entre les mains. A peine osera-t-on lui reprocher de ne pas mordre toujours assez sur les premiers temps. Dans l’opération, Chopin y perd certes en saveur et en caractère (quelquefois en notes : sol majeur), le contraste de style devant être assumé bien davantage. Vivant déjà par paires, les Folies françaises ou les Dominos déroulent cependant avec grâce leurs éloquents couplets (la virginité, la pudeur, l’ardeur, l’espérance…). Etales, les Reflets dans l’eau introduisent alors une 3e Ballade volontiers tapageuse en sa coda, peu chaloupée, dénuée de vibrations longues, que la Tarentelle aussitôt acclamée emporte dans sa joie.

Anne Queffélec ouvre la seconde partie avec l’ample choral de Bach Nun komm, der Heiden Heiland, transcrit par Busoni, que suit la Partita en do mineur, grave comme la Pathétique : vie intérieure, pulsation communicative, toucher varié, superbe autorité (rondeau). Quelque chose de dansé, agreste et rustique, à la Virgile. Suit la Sonate en la de Mozart, si française de facture et de goût, aux variations chantantes (applaudies avant le menuet !), délicatement ouvragée mais toujours timbrée, construite avec toutes ses reprises, conclue sur sa délicieuse turquerie. Berceuse de Chopin (stable, très bien ornementée), Clair de lune de Debussy puis, du ré bémol au do dièse mineur, dentelle de la Fantaisie-Impromptue, tempétueuse, beethovénienne en vérité.

Mêlant leurs voix, les artistes referment le programme officiel en offrant deux Polonaises à quatre mains de Schubert (op. 61 nos 3 et 4), d’une pièce l’autre échangeant leurs rôles et leurs parties. (19 juin).

Festival Chopin à Paris 2017
Lire aussi nos comptes rendus des récitals de :
Alessandro Deljavan
Marie-Catherine Girod et Sheng Wang
Aleksandra Swigut et Kamil Pacholec

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous