L’été des musiciens

Antoine Pecqueur 28/06/2017
Entre vacances et festivals, le rythme des musiciens connaît durant l’été des périodes contrastées, oscillant entre farniente et activités parfois intenses. Quelques exemples sous forme d’abécédaire.

Altitude

Pour un grand nombre de musiciens, l’été est synonyme de séjours à la montagne. Qu’il s’agisse de déplacements professionnels (festivals, académies d’été…) ou tout simplement de vacances ! La vue des sommets, les lacs de montagne ne peuvent qu’inspirer les interprètes, qui s’imaginent marchant sur les pas de Gustav Mahler dans les Alpes autrichiennes ou d’Olivier Messiaen dans les Alpes françaises. Mais tout n’est pas que bucolique dans les hauteurs. L’altitude modifie considérablement le jeu des musiciens, et en particulier des instrumentistes à vent, qui peuvent connaître des problèmes de souffle. L’altitude nécessite un temps d’adaptation ; malheureusement, lors d’une tournée en orchestre, le délai entre l’arrivée sur place et le raccord est généralement de quelques heures à peine, d’autant plus dans le contexte actuel où les contraintes économiques se font de plus en plus sentir dans les déplacements des orchestres.

Concerts

Travailler l’été tient quelque peu de l’oxymore. Il n’est jamais aisé pour le musicien de faire la tournée des festivals au moment où la majorité des Français se prélasse au soleil. L’impression d’être à contre-courant ! D’autant que les concerts en festivals n’ont, en général, rien de reposant, bien au contraire. Les déplacements sont rendus bien plus compliqués que lors des tournées habituelles dans les salles de concerts, car les festivals sont souvent situés dans des localités difficilement accessibles par le train ou l’avion. Il faut donc compter parfois plusieurs heures de route en autocar. Et comme de nombreux festivals se trouvent en montagne, les routes avec lacets rendent le trajet encore plus douloureux. L’organisation même des festivals, qui fonctionne majoritairement avec des bénévoles, contraste avec celle des salles de concerts. L’ambiance y est conviviale, certes, mais le personnel pas toujours compétent. Au musicien de se débrouiller au mieux… Et au final, il devra, en dépit de ces conditions, se produire à son meilleur niveau. D’autant que les concerts sont souvent captés pour la radio ou la télévision. Et que le public, lui, est entièrement disponible pour entendre les bonnes comme les fausses notes !

Décalage

C’est la principale source de maux pour les musiciens en tournée internationale : le décalage horaire. A l’instar des séjours en altitude, un déplacement vers un autre fuseau horaire nécessite un temps d’adaptation qui, là aussi, est de plus en plus réduit pour des raisons économiques. Dès lors, que faire ? Certains musiciens prennent des médicaments censés remettre de l’ordre dans les heures de sommeil. Mais leur efficacité est diversement appréciée. A cela s’ajoute que, l’été, les tournées dans l’hémisphère sud peuvent créer un choc thermique : les musiciens se retrouvent alors en plein hiver, avec un matériel (les anches surtout !) adapté aux températures estivales françaises. La souplesse doit alors être le maître mot.

Enseigner

Outre les concerts, nombreux sont les musiciens à enseigner dans les stages et autres académies d’été. Là aussi, on est loin de la carte postale idyllique. Si les lieux de formation (de la station des Arcs à l’île de Noirmoutier) sont en général plus attrayants que les salles de conservatoires, le rythme y est particulièrement intense. Les professeurs enseignent leur instrument, donnent des cours de musique de chambre et se produisent souvent le soir en concert avec les collègues. Un vrai marathon dans des salles parfois non climatisées… Mais pour l’élève, cela reste une expérience précieuse, celle de pouvoir partager la musique avec d’autres élèves de toute la France, voire de l’étranger, qu’il s’agisse d’amateurs ou de futurs professionnels.

Humidité

Les musiciens voyagent de plus en plus en dehors des frontières européennes. Pour le repos ou le travail : l’année croisée France-Colombie, lancée par l’Institut français, voit ainsi de nombreux instrumentistes français se rendre cette année en Amérique latine. Une zone géographique où le taux d’humidité, en particulier l’été, n’a rien à voir avec celui de la France, proximité avec l’équateur oblige. Pour les musiciens, cela suppose d’adapter leur matériel. Il faut être d’autant plus prudent qu’il est parfois difficile de trouver dans certains pays des luthiers qualifiés pour réparer un instrument. L’été pourrait alors se transformer en cauchemar…

Logement

Lorsque le musicien décide de partir en vacances avec son instrument, il doit trouver sur son lieu de villégiature l’endroit idéal pour répéter. Mais dans les chambres d’hôtel ou les gîtes, l’isolation est rarement optimale, et le musicien risque de réveiller immédiatement ses voisins et de rendre la cohabitation quelque peu difficile. D’autant qu’entre les grasses matinées des uns et les siestes des autres, le moment adéquat pour ne pas déranger n’est pas aisé à trouver. Et si le meilleur endroit, ce n’était pas en plein air, à la fraîche, loin des esprits chagrins anti-musiciens ?

Mer

Pour les musiciens qui auront opté pour une destination balnéaire, le climat pose assurément moins de problèmes qu’à la montagne. Mais attention tout de même ! Les températures parfois extrêmes du littoral méditerranéen ne sont pas de tout repos et ne donnent souvent guère envie de s’atteler à la pratique musicale. A cela s’ajoutent les dangers de tout contact de l’eau salée ou du sable avec un instrument, cause de dégâts qui peuvent être irrémédiables. « Mer calme et heureux voyage », disait pourtant Goethe, repris en musique par Beethoven et Mendelssohn.

Nourriture

C’est l’équation la plus difficile de l’été : que manger en ­juillet et en août ? Les températures élevées rendent la conservation des aliments parfois aléatoire. Et les déplacements à l’étranger peuvent inciter à découvrir des cuisines qui se révéleront délicates pour nos estomacs qui n’y sont guère habitués. Or maux de ventre et pratique musicale ne font pas bon ménage. Le musicien prudent veille­ra donc avant un concert en festival à se méfier de certaines adresses, d’autant plus que, dans les villes, l’essor des manifestations culturelles incite aussi les restaurateurs à profiter de la manne économique, parfois au détriment de la qualité ou de l’hygiène. Méfiance donc !

Transports

C’est l’été que se pose, de manière encore plus prononcée que le reste de l’année, l’épineuse question du moyen de transport. Le musicien qui souhaitera partir avec son instrument (voir la rubrique Vacances), réfléchira dès lors à son mode de déplacement. Les voyages en avion, en particulier lorsqu’il s’agit de compagnies low cost, sont devenus de plus en plus éprouvants pour les instrumentistes (taille des étuis admis en cabine, nombre de bagages limité…). Excepté sur Air Canada, qui se distingue par sa politique favorable aux musiciens ! Mais les conditions de voyage en train peuvent aussi, dans certains cas, se révéler difficiles selon les pays. S’il n’a pas à se produire professionnellement, le musicien peut donc être tenté de laisser son instrument chez lui. Uniquement pour ces raisons pratiques, bien évidemment…

Vacances

Pour un musicien, prendre des vacances comporte immanquablement son lot d’interrogations. Au-delà de la question commune à tout un chacun sur la destination, le musicien se demandera s’il emporte ou non son instrument avec lui pour continuer à pratiquer. Faire une pause dans l’année est salutaire, mais elle peut aussi entraîner une reprise difficile. Le musicien a des habitudes de jeu, de respiration, qu’il convient d’entretenir. Tout dépend donc de la durée. Un musicien peut ne pas toucher son instrument pendant une semaine, mais difficilement au-delà. Outre la question technique, l’absence d’un instrument n’est également parfois pas facile à gérer psychologiquement. Le couple musicien/instrument peut, lui aussi, mal vivre la séparation estivale
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