Bientôt un conservatoire à Neuilly-sur-Seine

Antoine Pecqueur 15/04/2009
Jusqu’ici, la ville la plus riche du département le plus riche de France, n’avait pas de conservatoire. La situation évolue puisque Neuilly vient de décider la création d’un conservatoire. Mais rien n’est simple...
C’est à Neuilly-sur-Seine qu’est né l’un des grands chefs d’orchestre actuels : Lorin Maazel, le patron du Philharmonique de New York. Pour autant, la ville des Hauts-de-Seine, qui compte plus de 60 000 habitants, a longtemps préféré ne pas investir en faveur de la musique. Au point de faire de Neuilly un cas d’école : l’une des villes les plus riches de France ne possède pas encore son propre conservatoire. Depuis l’élection de Jean-Christophe Fromantin aux municipales de 2008, la situation évolue, mais reste complexe.

Les origines de la situation
L’une des personnalités incontournables de la vie musicale neuilléenne se nomme Nicole Entremont. Depuis 1977, elle enseigne le violon au "conservatoire" privé de Neuilly. Mais surtout, en 1984, elle a succédé à Jean Ullern au poste de directeur de l’établissement (tout en conservant celui de professeur de violon). « A cette époque, le conservatoire aurait dû fermer, car le bâtiment où se déroulaient les cours n’était autre que la maison de Jean Ullern, qui voulait s’en séparer, se souvient Nicole Entremont. Je suis alors allée voir Nicolas Sarkozy, qui était alors maire de Neuilly : pas question pour lui de créer une école municipale. Il m’a proposé de mettre à notre disposition des locaux dans les écoles de l’Education nationale. En échange, nous devions assurer dans ces mêmes écoles des cours d’éveil musical et de chant choral. » Une convention est donc signée entre l’école de musique, la mairie et l’Education nationale. L’école conserve, quant à elle, un statut entièrement privé. C’est le mari de Nicole Entremont qui, bénévolement, s’occupera pendant vingt ans des questions administratives.

Une organisation bancale
Il est peu de dire que l’établissement est confronté à de nombreuses difficultés. En l’absence de lieu unique, il faut organiser les cours entre les différents établissements scolaires (écoles Charcot, Michelis...). « C’est un véritable casse-tête chinois. On ne peut pas donner de cours dans les écoles après 20 h 30, donc il est difficile d’accueillir les adultes. De plus, les salles ne sont pas insonorisées, ne disposent pas de pianos à queue, etc. », poursuit Nicole Entremont. Certains parents se disent par contre satisfaits de ne pas avoir à multiplier les déplacements entre école primaire et conservatoire, comme c’est le cas dans les autres villes. Année après année, le conservatoire se développe, de nouveaux instruments y sont enseignés, l’effectif des élèves augmente (200 élèves en 1984, 450 aujourd’hui). Mais, du côté de la mairie, très peu de soutien. Pour Nicole Entremont, « Neuilly a toujours voulu rester l’une des villes les moins imposées de France. Donc il ne fallait surtout pas investir dans ce type d’actions nécessairement coûteuses ». Et pourtant, les promesses ne manquent pas. En janvier 2002, à nos confrères de L’Express, Nicolas Sarkozy, alors encore en poste à Neuilly, le reconnaît : « On a pris du retard pour le conservatoire de musique », et annonce la construction d’un établissement « pas avant 2003-2004 ». En attendant, nombreux sont les Neuilléens à préférer inscrire leurs enfants dans les conservatoires limitrophes (Puteaux, Courbevoie ou celui, flambant neuf, de Levallois-Perret). Les avantages y sont nombreux : les frais d’inscription sont plus faibles qu’à Neuilly, car les villes subventionnent les structures, et l’offre est beaucoup plus alléchante (bâtiment superbe, diversité des cours...).

Une nouvelle structure est créée
Marie-Claude Le Floc’h, actuelle adjointe à la culture de Jean-Christophe Fromantin, se rappelle que « dans les réunions pendant les municipales de 2008, la demande culturelle la plus forte des habitants était la création d’un conservatoire ». Peu de temps après son élection, le nouveau maire met un coup d’accélérateur sur ce dossier.
En juin dernier, Nicole Entremont annonce son intention de mettre fin aux activités de l’établissement. En l’absence de son mari, décédé deux ans auparavant, la charge était devenue trop lourde. Une nouvelle structure est créée, présidée par Bruno Massiet du Biest. Le but de la mairie : « Faire de l’école un conservatoire à rayonnement communal », dixit Marie-Claude Le Floc’h. Dans cette période de transition, Nicole Entremont reste professeur de violon et directrice artistique, tandis que la partie administrative est confiée à une nouvelle recrue : Claude Bénézit. Mais la nouveauté réside en la subvention qu’octroie la mairie depuis septembre, de l’ordre de 70 000 euros. « Grâce à cela, l’école a désormais un bureau en face de la mairie, qui permet notamment d’organiser des réunions avec les professeurs », nous explique Claude Bénézit. Mais l’école de musique ne peut toujours pas tenir tête aux structures voisines, bien mieux dotées en termes de moyens financiers (« 150 Neuilléens sont inscrits à Levallois », remarque Claude Bénézit). Les tarifs d’inscription restent relativement élevés (595 euros par an pour une demiheure de cours d’instrument par semaine, 200 euros de plus si l’élève veut faire du solfège). Et les salaires des professeurs (ils sont une trentaine au total) demeurent très faibles : 22 euros brut de l’heure*. Reste un vrai succès, celui des cours d’éveil en école primaire, qui permettent à tous les enfants inscrits en cours préparatoire de bénéficier d’une demi-heure de musique par semaine. Par ailleurs, les classes des écoles se réunissent régulièrement pour des ateliers chorals.

Un nouveau bâtiment en construction
L’espoir repose maintenant sur la construction d’un nouveau conservatoire. Celui-ci sera intégré dans un complexe : le centre culturel Sainte-Anne, situé sur l’avenue du Roule et dont l’inauguration est prévue pour 2011. Outre le conservatoire, ce complexe comprendra également un auditorium de 130 places résultant de la transformation d’une ancienne chapelle, une salle de spectacle de 600 places, un espace d’exposition pour les arts plastiques et... 26 logements sociaux. Comme nous l’explique Marie-Claude Le Floc’h, « Neuilly possède 3,5 % de logements sociaux. Or la norme est à 20 %. Donc, dès qu’il y a un bâtiment qui se construit, il comprend forcément des logements sociaux ». Le conservatoire devra au final se contenter d’une surface d’environ 500 mètres carrés, ce qui est insuffisant pour accueillir l’ensemble des activités qui y sont proposées. Dans le nouveau centre culturel se trouveront ainsi cinq salles de pratique collective, trois salles de pratique individuelle, un studio d’enregistrement et les bureaux de l’administration. Les cours de musique ancienne et de musique de chambre se dérouleront quant à eux à l’hôtel Arturo-Lopez, un hôtel particulier du 18e siècle. Les enfants âgés de 7 à 10 ans continueront de recevoir leurs cours dans leur établissement scolaire. Le « casse-tête chinois » risque ainsi de se prolonger en dépit du nouveau bâtiment. La ville de Neuilly a néanmoins déjà prévu de s’engager davantage dans le conservatoire, évoquant un « budget nécessaire de 700 000 euros par an si la structure devient un CRC », promet Marie-Claude Le Floc’h. Afin d’obtenir ce statut, le conservatoire devra enrichir son cursus de cours et employer des professeurs titulaires des diplômes d’enseignement. Un chantier de plus...
Antoine Pecqueur

*A titre de comparaison, dans un établissement agréé, le taux horaire est de 30 à 35 euros net pour un professeur titulaire (suivant ancienneté et grade) et de moins de 20 euros net pour un assistant en début de carrière.


Les écoles de musique privées à Neuilly
D’autres écoles de musique privées sont implantées à Neuilly. Le centre de musique Frédéric-Hasselmann propose un panel de cours varié, en direction notamment des musiques actuelles. Les amateurs de variété ou de rock y trouveront des cours de guitare basse, de batterie ou de chant... Béatrice Martin anime de son côté l’école Scherzando. Sa spécialité : le piano, instrument préféré des Neuilléens au vu du nombre d’inscriptions pour cet instrument dans les différentes écoles. Marie-Claude Le Floc’h y tient : « La construction du nouveau centre culturel avec le conservatoire n’empêchera pas le développement des écoles de musique privées, bien au contraire. Il faut de la place pour ceux qui veulent apprendre la musique en amateur. » En naviguant sur Internet, on se rend compte du grand nombre de cours privés de musique proposés à Neuilly par des musiciens de tous acabits. Preuve que la demande en la matière est en tout cas bien réelle.

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