Viva la mamma !, un Donizetti buffo à l’Opéra de Lyon

Emmanuel Andrieu 11/07/2017
Pour clore sa saison, l’Opéra de Lyon a opté pour Viva la mamma ! de Donizetti, une comédie, à l’humour vif et caustique, qui met en scène les vicissitudes d’une compagnie itinérante de troisième zone, décidée à monter un opera seria.

Tout le monde se crêpe le chignon, revendique ses supposés privilèges, le compositeur bergamasque en profitant pour railler le comportement des prime donne, primi uomini et impresarii de l’époque. Après la création en 1827 à Naples de ses Convenienze ed inconvenienze teatrali (un acte unique et des dialogues parlé), Donizetti remaniera cette première mouture quatre ans plus tard, pour en faire une version en deux actes au titre plus accrocheur de Viva la mamma !.

Confiée par Donizetti à une basse bouffe en travesti, la figure caractérielle et envahissante de Mamm’Agata se taille véritablement la part du lion. Laurent Naouri lui donne un incroyable relief, avec une voix par ailleurs solide, à la projection insolente et à la diction excellente. Patrizia Ciofi campe une prima donna délurée et excentrique, très à l’aise dans la gymnastique que lui impose une écriture piquetée de difficultés. Moins sollicités, les autres rôles sont très bien distribués, à commencer par le ténor sicilien Enea Scala qui enchante dans sa savoureuse caricature de ténor allemand colérique qui n’arrive pas à aligner deux mots en italien (une prouesse… pour un chanteur italien !). En Procolo, Charles Rice fait preuve d’une dégaine réjouissante, jusque dans son pastiche d’opera seria final que le baryton prend soin de chanter avec brio. En seconda donna, l’Italienne Clara Meloni fait montre d’un art du chant orné déjà appréciable et d’une jolie tenue en scène, quand Pietro Di Bianco (Biscroma) affiche une belle basse en plus que de louables talents de pianiste. Les autres comprimari n’appellent aucun reproche.

Signataire, la saison dernière, d’un désopilant Roi Carotte d’Offenbach, Laurent Pelly transpose l’intrigue de Viva la mamma ! dans un théâtre désaffecté transformé en garage, conçu par sa fidèle scénographe Chantal Thomas. Comment ne pas penser au triste sort du magnifique théâtre de Detroit dont tel a été le destin ! La direction d’acteurs intelligente de Laurent Pelly, homme de théâtre toujours soucieux de la musique qu’il visualise, les costumes qu’il a lui-même conçus – d’abord neutres puis explicitement empruntés à l’opera seria –, les éclairages habiles de Joël Adam, enfin, concourent à la stupeur finale : le théâtre s’effondre petit à petit sous les coups de boutoir de marteaux-piqueurs, dans un fracas et un clair-obscur qui permet la fuite déshonorante de la troupe d’artistes !

Enfin, sous la virevoltante baguette du jeune chef suisse Lorenzo Viotti, les nombreux ensembles sont conduits avec une précision qui galvanise des instrumentistes virtuoses, soucieux de faire un sort à chaque détail. Une soirée couronnée de nombreux rappels qui était retransmise en direct dans plus de 14 villes de la région Auvergne-Rhône-Alpes pour le bonheur de plus de… 7 000 spectateurs ! (8 juillet)

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