Les Noces (de cristal) de Figaro à Dinard

Jacques Bonnaure 22/07/2017
Pour la 19e saison consécutive, les Opéras d’été de Dinard présentaient leur spectacle lyrique estival, produit depuis plusieurs années par l’Arma (Art lyrique et musique ancienne) dont Barokopera constitue le bras (lyrique) armé.

Les Noces de Figaro de Mozart subissent ici un traitement un peu particulier destiné à répondre à deux nécessités, la modestie des effectifs et la variété des lieux où le spectacle est susceptible d’être monté. Pour répondre à ces contraintes, Frédérique Chauvet, directrice artistique et chef d’orchestre, et Nynke van den Bergh, qui signe la mise en scène, ont fait preuve d’imagination. Figaro et Susanna sont maintenant mariés depuis quinze ans et vivent apparemment dans une certaine prospérité. A l’occasion de leurs noces de cristal, ils ont invité des amis, le Comte et la Comtesse Almaviva et le vieux Don Basilio. Cherubino est mort au combat, Bartolo et Marcellina de vieillesse. Des autres personnages, on ne saura rien.

Bref, la distribution se réduit à cinq chanteurs. La musique va donc devoir se recentrer. Par un habile stratagème, à l’occasion de cette petite fête, on se rappelle la “folle journée” d’il y a quinze ans, et l’on chante… Les Noces de Figaro. Avec quelques coupures toutefois. Certaines sont induites par l’absence des personnages. D’autres, comme la suppression du « Non più andrai » de Figaro ou l’interrogatoire de Figaro par le comte à propos du brevet de Cherubino sont moins justifiées. Justement, Cherubino, me direz-vous ? Ce serait dommage de se passer de ses deux airs. Certes, mais Susanna et la Comtesse vont se les remémorer – et les chanter. Tu te rappelles quand il nous chantait « Voi che sapete » ? Tu te rappelles comme il tombait amoureux de toutes les femmes en chantant « Non so più cosa son » ? Les récitatifs, pour la plupart, sont supprimés et remplacés par de brefs dialogues en français permettant à la fois de suivre la trame et de rendre crédible la fiction des noces de cristal. Il n’est pas certain qu’un spectateur ne connaissant pas l’intrigue déjà compliquée de Beaumarchais s’y retrouve toujours mais, dans l’ensemble, ça fonctionne, d’autant que les interprètes, tous néerlandais, prononcent bien le français et ont fourni un remarquable travail sur les transitions toujours délicates du parlé au chanté.

La scénographie est simplifiée à l’extrême. Quelques panneaux coulissants occupent des fonctions diverses et pourront même figurer un très plausible bosquet pour le cache-cache du dernier acte. La distribution est de valeur. Rick Zwart incarne un Figaro de classe, fin mais solide – quoique un peu limité dans l’aigu, Pieter Hendriks est absolument remarquable en Comte. Wendy Rooboi est un Susanna vive et délurée, remarquable actrice dotée d’un beau registre grave, et Caroline Cartens sait mettre en évidence les aspects cotrastés de la Comtesse, chantant un remarquable « Dove sono i bei momenti «. Même Basilio (Mattijs Hoogendijk), moins sollicité, sert de liant à la distribution avec élégance et humour.

L’orchestre, situé à l’extrême-gauche de la salle (l’auditorium Stéphan-Bouttet), en décalage avec la scène, est réduit à huit instrumentistes. Une fois l’oreille accoutumée, on admet que dans un petit espace, cette solution est parfaitement adaptée – et savoureuse en raison des qualités individuelles et des instruments anciens, Frédérique Chauvet tenant avec virtuosité, la flûte et la baguette et maintenant une cohésion impeccable en dépit de l’acoustique très moyenne des lieux. Un spectacle atypique mais enlevé et toujours plein de musicalité. (20 juillet)

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