A Lançon-de-Provence, la musique résonne à la ferme

Emmanuel Andrieu 28/07/2017
Parrainée par Patrick Poivre d’Arvor, la dixième édition du festival Musique à la ferme – à Lançon-de-Provence – confirme que ce festival n’est pas comme les autres. Fondé en 2008 par Bernard et Jérémie Honnoré, il a pour cadre atypique (et sympathique)… la chèvrerie familiale. Avec ses petits aléas…

C’est ainsi que François Castang, un ami de la famille Honnoré qui raconte chaque soir des anecdotes à propos des principales pièces qui vont être exécutées, a eu maille à partir en tout début de soirée avec un coq récalcitrant, puis un chœur de chèvres chantant a cappella !

Le concert débute avec le Quatuor avec flûte n°2 de Rossini, et Castang a décidé de se pencher sur les relations peu amènes qui existaient entre le compositeur italien et Wagner, à travers la lecture de lettres qui ne laissent aucun doute sur le peu de considération qu’ils avaient l’un pour l’autre. Puis, miracle de la musique, dès les premières notes, toute la basse-cour s’est tue, comme pour écouter – tout aussi religieusement que le public – la musique du Cygne de Pesaro. Sandrine Olivier (flûte), Amanda Favier (violon), Marie Legendre (alto) et Sébastien Hurtaud (violoncelle) défendent avec une belle ardeur cette pièce dont la relative virtuosité des mouvements rapides contraste avec la retenue de l’Andante.

Honneur à la voix ensuite avec les Deux Lieder opus 91 de Brahms, délivrés ici par le jeune et talentueux contre-ténor français Nicolas Ziélinski dont la puissance surprend pour cette tessiture, tandis que la belle couleur de son timbre retient l’attention. Le premier chant Gestillte Sehnsucht (Nostalgie apaisée) est une des plus belles pages vocales du compositeur allemand, avec son ineffable prélude instrumental, un pur enchantement que le jeune chanteur parvient à communiquer avec beaucoup de sobriété et d’émotion. L’accompagnement pianistique de Jérémie Honnoré est d’un raffinement sonore équilibré, et crée une belle atmosphère avec les arabesques des “deux voix”. Puis, Geistliches Wiegenlied (Berceuse sacrée) est un autre lied captivant où les voix, celle du contre-ténor et celle de l’alto de Marie Legendre, s’entrelacent, L’interprétation des trois artistes, en parfaite osmose, suscitent les hourras de l’audience.

Pour clore la première partie, une pièce contemporaine est proposée : la Carmen Fantasy (1985) de Buxton Orr qui fait dialoguer le piano délicat de Jérémie Honnoré et le violoncelle viril de Sébastien Hurtaud. On y retrouve toutes les mélodies les plus célèbres de l’ouvrage, comme « La fleur que tu m’avais jetée » ou la Habanera.

Après l’entracte, musique contemporaine avec Musique pour Ming d’Eric Tanguy, qui nous emporte vers des contrées lointaines. Dédiée au peintre chinois Yan Pei Ming, nos flûtiste et violoncelliste du jour produisent des sonorités exotiques inattendues, nous transportant vers une Asie mythique. L’ouvrage permet surtout aux deux instrumentistes d’exprimer une sensibilité que l’on sent à fleur de peau.

Enfin, la pièce de résistance qui clôt la soirée n’est autre que le Quatuor avec piano KV478 de Mozart. Si cette œuvre est animée d’une vie étonnante de bout en bout, il faut privilégier cependant l’Allegro initial de cette pièce, d’une magnifique autorité, presque beethovénienne dans son premier thème, suivi de la réponse en double-croches du piano. Comment ne pas être captivés par les phrasés limpides, les sonorités hautement séduisantes, les contraste et la variété des coloris que distillent Amanda Favier, Marie Legendre, Sébastien Hurtaud et Jérémie Honnoré ? Devant la chaleur des applaudissements, les quatre jeunes gens reprennent le final, et l’on se surprend à se dire intérieurement : « Vivement la prochaine édition » ! (25 juillet)

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