Le trompettiste Romain Leleu au 65e Festival de Prades

En l’église Saint-Pierre, devant le plus grand retable baroque de France (achevé en 1699 par le catalan Joseph Sunyer), le trompettiste lillois a joué trois concertos de Marcello, Telemann et Torelli au sein d’un programme qui faisait aussi la part belle à Bach.

Introduit par Michel Lethiec, le directeur artistique des lieux (qui maintient et renouvelle la joie pure, l’esprit légendaire des origines), le premier concert donné en l’église de Prades de l’édition 2017 ne fut qu’exubérance de styles, contrastes de lumières, jeux de formes, caractérisation des thèmes. Un véritable foisonnement baroque. Le programme s’ouvrait en ré majeur par l’audition d’un concerto (1701) de Torelli, figure centrale de la vie musicale bolognaise. Né près de trente ans avant Bach, le violoniste italien fut un pionnier du genre qui contribua de façon décisive à faire évoluer le concerto grosso vers sa forme soliste. Répartition judicieuse des motifs, dialogue entre instrument principal et tutti, superbe mouvement lent tripartite (adagio, presto, adagio) : Romain Leleu s’en donne à cœur joie, superbement servi par Philippe Graffin, Clémence de Forceville (violons), Bruno Pasquier (alto), David Cohen (violoncelle) et Jurek Dybal (contrebasse).

Pablo Casals oblige – on l’entendrait presque répéter depuis son podium de Marlboro – suit le 3e Concerto brandebourgeois BWV 1048, synthèse ahurissante, précisément, entre manière à la française et manière à l’italienne, concerto soliste et concerto grosso, virtuosité instrumentale et contrepoint serré. Mouvement vif et cordes groupées par trois, plus une basse : Ju-Young Baek, Mihaela Martin, Hagai Shaham ; Harmut Rohde, Gilad Karni, Bruno Pasquier ; François Salque, Ivan Moghinettin, Frans Helmerson.

En transition, sobrement arrangé par Toshio Hosokawa, l’émouvant, le célèbre choral de Luther « O homme, pleure ton grand péché », dont la mélodie originelle est strasbourgeoise, que Bach harmonisa à plusieurs reprises, notamment dans la Passion selon saint Mathieu.

Puis Romain Leleu reparaît pour le Concerto en ré de Telemann. Et une fois encore, le jeune trompettiste français, sans vouloir faire offense à son aîné, révèle une justesse d’intonation, une concentration sonore, une variété de timbres, une richesse supérieures à celles de Maurice André. Le jugement se vérifie dans le célèbre Concerto en ré mineur (pour hautbois) de Marcello – attaqué trop bas, comme il arrive quelquefois : adagio cantabile aux phrases et aux respirations bien senties, couleurs dans la voix. Dans l’intervalle, la Dédicace à Bach de Valentyn Sylvestrov, popularisée par Gidon Kremer, fut interprétée par Mihaela Martin et Michel Ventula (percussions).

Apothéose de la soirée, la Suite en si mineur pour flûte et cordes BWV 1067, où ornemente à sa guise, chante et danse, littéralement, un Patrick Gallois souple et inspiré, à la fois soliste et chef de bande. Inflexions baroqueuses, flûte à la diction parfaite, à l’articulation fine, tour à tour veloutée, suave, incisive, fondue dans l’ensemble, en dialogue (avec François Salque dans la polonaise et son double), ou dominante. Transitions nettes, pas mesuré (menuet), plaisir de l’émulation générale : allègre et un rien trop vive, la charmante badinerie fut bissée. (6 août)

 

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous