La Roque d’Anthéron, Tchaïkovski entre pianiste français et orchestre letton

Dans le parc du château de Florans, le pianiste français Lucas Debargue et l’Orchestre national de Lettonie ont fait miroiter un programme Tchaïkovski, passant de la lumière – le Concerto n°1 – à l’ombre, celle de la Symphonie “Manfred”.

A l’éclat triomphal du célèbre concerto, se succédait le drame absolu de Manfred, deux aspects opposés du génie du compositeur. Propulsé sur la scène internationale avec un 4e prix au Concours international Tchaïkovski 2015, Lucas Debargue s’attaque à cette page célèbre et redoutable avec tous les moyens techniques voulus. Octaves crépitantes, fluidité des traits, endurance, le jeune pianiste « mange tout cru » le concerto ainsi que Rachmaninov le disait d’Horowitz pour son Concerto n°3. On est en sécurité. Artiste qui réfléchit beaucoup, Lucas Debargue reste cependant à la marge de toute la générosité et du naturel qui sied à cette page flamboyante, laquelle n’est pas une œuvre intellectuelle, mais bien plutôt un torrent de charme à exploiter. Un troisième mouvement, notamment, très mécanique et qui s’apparente davantage à une course de vitesse qu’à la danse populaire voulue par l’auteur, (con fuoco, certes mais pas plus qu’allegro…) nous a quelque peu violentés. L’Orchestre national de Lettonie, dirigé par Andris Poga donnait une réplique musclée et tonitruante au pianiste. Dû probablement à l’acoustique, l’ensemble sonnait de manière monolithique et sans détails.

Une toute autre approche, délicate, sensible, avec de très belles nuances paraient la Valse sentimentale de Tchaïkovski, donnée en bis par le pianiste qui sait également être poète.

L’immense Symphonie “Manfred” dans laquelle se déploie toute la science des timbres et les capacités inouïes d’orchestrateur du compositeur russe permettait à l’orchestre letton de faire valoir la virtuosité de chaque pupitre et l’énergie de son chef. Mais là encore, l’acoustique et la disposition des instruments – notamment les cors placés à gauche, dont le son rebondissait sur les panneaux de la scène – ainsi qu’une vaillante percussion oblitéraient le relief, la profondeur, la dynamique indispensable pour goûter les mille subtilités de cette écriture foisonnante. (18 août)

 

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