Au Touquet, le piano fait des folies

Marcel Weiss 01/09/2017
La 9e édition du festival Piano Folies a réuni pendant dix jours jeunes interprètes et stars du clavier dans la station de la côte d’Opale. Tour d’horizon.

L’édition 2017 a permis, comme de coutume, la confirmation de jeunes talents. Celui, par exemple, de Jean-Paul Gasparian, maîtrisant sans pathos excessif la tempétueuse Deuxième Sonate de Scriabine, restituant avec clarté la polyphonie virtuose de celle de Prokofiev et le pittoresque des Etudes-Tableaux de l’opus 39 de Rachmaninov. Faut-il chercher dans son intérêt pour la géologie le secret des sonorités proprement minérales que Julian Trevelyan extrait du fond des touches ? Le lauréat du concours Long-Thibaud-Crespin 2015 a pris de l’étoffe sans perdre de sa sensibilité. Omniprésente sous la fausse simplicité de l’Impromptu op. 90 n°3 de Schubert, éperdument chantant, ou dans la longue montée dramatique vers l’Arietta de l’opus 111 de Beethoven. Autre jeune pianiste, le Russe Dmitry Sin, se montre plus convaincant par sa vision limpide et fluide de la Ballade n°4 de Chopin, que dans le tissage inextricable de la Première Sonate de Rachmaninov.

De ce maelstrom de passions, Boris Berezovsky donnera, quelques jours plus tard, une version pleine de fougue mais parfois confuse par excès de précipitation, sauvée par la candeur d’un lento central au parfum d’Enfantines. Même tonalité apaisée dans les Quatre Impromptus de Chopin, chantés avec naturel, avant l’ivresse sonore d’une Valse ravélienne anxiogène : Scarbo n’est pas loin. Entre Saisons de Tchaïkovski et préludes de Rachmaninov, le récital de Nikolaï Lugansky se teinte d’une nostalgie mélancolique aux nuances subtiles, distillées par la magie d’un toucher souverain, rendant justice à ces paysages de l’âme. Avec une volonté manifeste de préserver son “quant-à-soi”, moins approprié au Chopin des mazurkas et de la Polonaise-Fantaisie.

François-Frédéric Guy poursuit de son côté l’exploration de l’univers de Beethoven avec une générosité et un engagement sans failles : rondeur du son, profondeur des basses, sens de l’architecture et gestion de l’émotion caractérisent sa lecture de l’opus 2 n°2, comme celle de la juvénile Sonate n°3 de Brahms. Et Arkadi Volodos nous fait toucher à l’ineffable. Sa virtuosité a toujours des fins expressives, au service de la palette des états d’âme des Papillons de Schumann, du lyrisme apaisé des Intermezzi opus 117 de Brahms, ou des combats intérieurs de l’avant-dernière sonate de Schubert. Avec un toucher d’une infinie variété répandant à profusion des sonorités de bronze ou des pianissimi évanescents et une science du legato non pareille, Arkadi Volodos nous ouvre les portes de mondes émotionnels insoupçonnés. (20 au 26 août)

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