La saison lyrique 2017-2018 en France et chez nos voisins

Philippe Thanh 06/09/2017
Un tour d’horizon des principales productions d’opéra présentées en France et chez nos voisins. Un recensement, certes non exhaustif, mais qui donne un aperçu de la vitalité des théâtres lyriques.
Comme la précédente, cette saison est marquée par une tendance à la diversification du répertoire. En dehors de la création, souvent abordée timidement, les chefs-d’œuvre des compositeurs les plus connus cèdent parfois le pas à des pages plus confidentielles de ces mêmes compositeurs. Pour le répertoire romantique français, il faut souligner le travail accompli par le Palazzetto Bru Zane qui soutient ardemment la diffusion d’œuvres oubliées. Cela dit, on notera que ce souci de redécouverte privilégie souvent des opéras à petit effectif vocal ou instrumental et que, parallèlement, les opéras qui requièrent de grands moyens scéniques et orchestraux se font rares : deux Wagner, un Strauss, quasiment pas d’opéra russe… On sait que la plupart des directeurs doivent jongler avec des budgets qui vont diminuendo et tenir cependant leur cahier des charges, un exercice quasi acrobatique pour les maisons à petit budget. Bravo donc à des Opéras comme celui de Reims – pour n’en citer qu’un – qui par le jeu des coproductions et invitations réussit à afficher dix spectacles dans sa saison…

Mozart toujours

L’Enlèvement au sérail, transposé dans les Années folles par Emmanuelle Cordoliani, est programmé, sous la direction de Roberto Forés Veses, à Reims en janvier et à Avignon en février (à l’Opéra Confluence, salle provisoire qui accueille les spectacles pendant les travaux du théâtre de la place de l’Horloge), puis à Rouen dirigé par Anthony Hermus (avril) et à Massy avec Dominique Rouits à la baguette (mai) ; Blaise Rantoanina, Katharine Dain, Elisa Cenni, César Arrieta et Bastian Thomas Kohl se partagent les rôles principaux.
La Flûte enchantée est à l’affiche à Caen sous la baguette de Christophe Rousset (décembre), puis à Clermont-Ferrand (mars), avec Amaury du Closel qui dirige l’Orchestre de Timisoara, Pierre Thirion-Vallet signant la mise en scène. A noter que cette Flûte aura d’abord tourné à Neuilly-sur-Seine, Saint-Quentin, Abbeville, Romans-sur-Isère et Poissy en janvier, et sera reprise à Saint-Maur-des-Fossés en mars. Toulon présente aussi l’opéra maçonnique de Mozart dans une nouvelle production mise en scène par René Koering et dirigée par Alexander Briger (décembre).
Don Giovanni est donné à l’Opéra de Lorraine qui accueille le spectacle aixois de cet été dans une distribution largement renouvelée, emmenée par le Don d’Andrè Schuen (septembre-­octobre). Une production venue de Lausanne, et mise en scène par Eric Vigié, sera donnée sous les ors Art nouveau de l’Opéra de Vichy avec Nicolas Cavallier dans le rôle-titre, accompagné par l’Orchestre d’Auvergne et Roberto Forés-Veses (septembre). A Lyon, Don Giovanni sera mis en scène par David Marton avec Philippe Sly dans le rôle-titre (juin-juillet).
Les Noces de Figaro – vues par Jean-Luc Lagarde qui signe ainsi ses débuts à l’opéra – sont à l’Opéra du Rhin (octobre à Strasbourg ; novembre à Mulhouse) avec Davide Luciano, Andreas Wolf, Hélène Guilmette, Vannina Santoni… et Patrick Davin au pupitre. Une autre version est donnée à Nice – mise en scène de Daniel Benoin – avec une distribution franco-italienne : Veronica Granatiero, Valérie Condoluci, Carine Séchaye, Jean-Luc Ballestra, Luigi De Donato… (janvier).
Cosi fan tutte ouvre la saison de l’Opéra de Lille, mis en scène par Christophe Honoré (production créée à Aix en 2016) et dirigé par Emmanuelle Haïm (septembre-octobre). On retrouvera ce chassé-croisé amoureux à Versailles, sous la direction de Marc Minkowski et mis en scène par Ivan Alexandre (novembre).
Du côté de l’opera seria, Toulouse reprend la production de David McVicar de La Clémence de Titus, avec Jeremy Ovenden dans le rôle-titre (juin-juillet).

Musique française

Naguère limité à quelques tubes – Carmen, Faust, Manon, Werther… –, le répertoire français proposé cette saison témoigne de la curiosité des programmateurs et de l’intérêt du public pour des pages moins connues. Ainsi de Gounod (dont ce sera l’anniversaire en 2018) : à côté de productions de Faust (Massy, Saint-Etienne…), on verra le rare Philémon et Baucis à Tours, avec Sébastien Droy et Norma Nahoun, sous la direction du maître des lieux, Benjamin Pionnier (février). Nice affiche Roméo et Juliette, avec Vannina Santoni, Eric Fennell… et Alain Guingal au pupitre, dans une mise en scène d’Irina Brook (mars). Le Médecin malgré lui est à Rennes, avec Marc Scoffoni en Sganarelle, entouré de Carlos Natale, Ahlima Mhamdi… (mise en scène Vincent Tavernier), et Gildas Pungier à la tête de l’Orchestre symphonique de Bretagne (novembre). En revanche, c’est un tube, Carmen de Bizet, qui est à l’affiche à Montpellier (mise en scène d’Aik Karapetian, mars) et Toulouse (avec Clémentine Margaine et Charles Castronovo, avril), et à Versailles, Jean-Christophe Spinosi en dirigera une version de concert à la distribution surprenante : Dara Savinova, Migran Agadzhanyan, Igor Onishchenko et Ekaterina Bakanova dans les rôles principaux (19 décembre). Bizet encore avec Les Pêcheurs de perles, dans une mise en scène de Bernard Pisani, avec Hélène Guilmette, Julien Dran et Alexandre Duhamel, sera à l’affiche à Limoges (avril) et Reims (mai).
Œuvre bien oubliée, Richard Cœur de Lion de Grétry, dont la ballade « Je crains de lui parler la nuit » a été utilisée par Tchaïkovski dans La Dame de pique, sera-t-il remis au goût du jour par l’ensemble Les Monts du Reuil (à Reims en janvier) ? A Compiègne, le théâtre impérial – où le regretté Pierre Jourdan avait fait redécouvrir tant d’opéras d’Auber – reprend le flambeau en présentant La Sirène, opéra-comique de 1844, production de la compagnie Les Frivolités parisiennes (26 janvier), spectacle qui sera repris à Albi et Saint-Dizier en mars. Même si l’ouvrage tient plus de l’oratorio que de l’opéra, il faut saluer, à Tourcoing, la programmation du Paradis perdu (1878), composé par Théodore Dubois qui remporta ainsi un concours lancé par la ville de Paris. Jean-Claude Malgoire dirigera cette résurrection en novembre, l’œuvre n’ayant, semble-t-il, plus été reprise depuis 1913. De son côté, Marseille remonte la rare Hérodiade de Massenet, dans une mise en scène de Jean-Louis Pichon, avec une belle distribution emmenée par Béatrice Uria-Monzon : Inva Mula, Florian Laconi, Jean-François Lapointe, Nicolas Courjal (mars). A noter aussi, une reprise de Mârouf, savetier du Caire de Rabaud à Bordeaux (production de l’Opéra-Comique en 2013).
Pelléas et Mélisande est à l’affiche de Bordeaux, sous la direction de Marc Minkowski, une production marquée par une triple prise de rôle, celle de Stanislas de Barbeyrac en Pelléas, Chiara Skerath en Mélisande et Alexandre Duhamel en Golaud (janvier). L’opéra de Debussy est aussi à Tourcoing dans une mise en scène de Christian Schiaretti et sous la baguette de Jean-Claude Malgoire avec Sabine Devieilhe, Guillaume Andrieux et Alain Buet (mars). A Avignon, Samuel Jean dirigera une nouvelle production des Dialogues des carmélites de Poulenc, mise en scène par Alain Timar, avec Marie-Ange Todorovitch, Ludivine Gombert, Patrizia Ciofi… (janvier). La version signée Olivier Py (théâtre des Champs-Elysées) est aussi à l’affiche du théâtre de Caen (février). Poulenc encore, avec Véronique Gens qui se cramponnera à son combiné téléphonique dans La Voix humaine, sous la direction de Jean-Claude Malgoire (Tourcoing, avril).
Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach seront à Saint-Etienne, vus par Nicola Berloffa avec Florian Laconi dans le rôle principal (novembre), puis à Massy (mars) et à Clermont-Ferrand, dirigés par Mehdi Lougraïda et dans une mise en scène d’Olivier Desbordes et Benjamin Moreau (mai), mais aussi à Dijon.

Du côté des baroqueux

Le Couronnement de Poppée de Monteverdi s’affiche à Nantes (octobre) avec l’ensemble Il Canto d’Orfeo et Chiara Skerath dans le rôle-titre. L’ensemble La Tempesta et une distribution réunissant Marc Mauillon, Julie Hassler, Claire Lefilliâtre… donneront, en février, Le Destin du nouveau siècle de Campra, un opéra-ballet de 1700 retrouvé à Saint-Denis en 2015. Après le Nabucco de Falvetti, Leonardo Garcia Alarcon a exhumé El Prometeo d’Antoni Draghi, dont le manuscrit dormait à Vienne depuis 1669. Avec son ensemble La Capella Mediterranea, il ressuscite cette « comédie en musique dans le style italien » à Dijon (juin) dans une mise en scène de Gustavo Tambacio, avec Fabio Trümpy dans le rôle-titre.
A signaler aussi un Rinaldo de Haendel dirigé par Bertrand Cuiller et mis en scène par Claire Dancoisne ; il s’agit d’une production de La Coopérative, structure qui réunit les scènes nationales de Besançon, Dunkerque, Quimper et le théâtre impérial de Compiègne où le spectacle sera donné en février. A Nantes et Angers un autre Rinaldo est donné par l’ensemble Le Caravansérail, un spectacle qui tournera dans la foulée à Besançon et Compiègne (janvier-février).
Des raretés sont à l’affiche de l’Opéra royal de Versailles qui accueillera Leonardo Garcia Alarcon dans deux ouvrages de Cavalli, Erismena avec Francesca Aspromonte dans le rôle-titre (décembre), puis Il Giasone avec le contre-ténor Valer Sabadus (mars). Le Tremblement de terre de Draghi (mars) sera confié à Vincent Dumestre qui mènera aussi le Phaéton de Lully (mai-juin) avec Mathias Vidal notamment. Signalons aussi Serse de Haendel avec Franco Fagioli, Vivica Genaux, Sandrine Piau… (novembre) ou encore Alceste de Lully par Christophe Rousset avec Judith Van Wanroij, Edwin Crossley-Mercer… (décembre).

De la Mitteleuropa à la Russie

A Toulouse, dans une saison qui compte peu de productions nouvelles, le Capitole rouvre ses portes avec Tiefland (1903) d’Eugen d’Albert dans une mise en scène de Walter Sutcliff (à Toulouse, il a déjà signé Le Tour d’écrou et Owen Wingrawe de Britten) et sous la baguette de Claus Peter Flor, avec entre autres le ténor Nikolai Shukoff (septembre-octobre). Zemlinsky s’affiche à Lille avec une production du Nain (novembre), reprise à Rennes en mars, tandis que son Cercle de craie (1933) est à l’Opéra de Lyon en janvier-février sous la direction de Lothar Koenigs ; Richard Brunel signe la mise en scène qui réunit Nicola Beller Carbone, Lauri Vasar… Quant à Strauss et Wagner, ils sont à la portion congrue : une Elektra à Bordeaux, dirigée par Paul Daniel (juin), La Walkyrie à Toulouse, sous la direction de Claus Peter Flor (février) et Lohengrin à Marseille dans une mise en scène de Luis Désiré (mai). C’est peu.
De Janacek, on verra Katia Kabanova signée Philipp Himmel­mann à Nancy (janvier-février) et à Rennes, mis en scène, cette fois, par Franck Van Laecke (février). Le répertoire russe, lui, est quasiment absent : Eugène Onéguine signé de la chorégraphe Pénélope Bergeret et dirigé par Benjamin Pionnier à Metz (février) et à Reims (mars), Iolanta à Tours (couplée avec Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov) en mai.

Verdi et les Italiens

Le répertoire italien a toujours la cote, ne serait-ce que parce qu’il assure le remplissage des salles. Un seul exemple, à Toulon, quatre des sept titres programmés cette saison sont des ouvrages en italien. Comme toujours, Verdi est en tête du hit-parade, avec la part belle faite aux opéras de jeunesse. Ainsi, les productions de Nabucco abondent cette saison : l’ouvrage emblématique du Risorgimento est donné à Montpellier en mai dans une mise en scène de John Fulljames (reprise d’une production déjà donnée à Montpellier et à Nancy), à Lille dans la mise en scène de Marie-Eve Signeyrole (coproduction Dijon), puis dans une mise en scène de Jean-Christophe Mast, avec Sergey Murzaev et Raffaella Angeletti, en mai à Nice et en juin à Toulon. Ernani sera donné à Marseille, après Monte-Carlo et Liège : il s’agit de la mise en scène de Jean-Louis Grinda qui sera ici dirigée par Lawrence Foster. Francesco Meli sera le proscrit, face au Don Carlo de Ludovic Tézier et à l’Elvira de Hui He (juin). A Toulouse, ce sera Macbeth, production signée Jean-Louis Martinoty déjà donnée à Bordeaux et Nancy ; ici, elle sera dirigée par Daniel Oren (mai). Tours ouvre sa saison avec Rigoletto (mise en scène François de Carpentries, coproduction avec Limoges et Reims). Le Centre lyrique Clermont-Auvergne accueille, lui, une Traviata venue de Saint-Céré (février), tandis qu’une production de l’Opéra royal de Wallonie sera reprise à Avignon sous la direction de Samuel Jean avec la Violetta de Maria Teresa Leva (juin). Il faudra aller à Nancy pour assister à Un bal masqué, mis en scène par Waut Koeken (mars-avril). Quant à l’Opéra de Dijon il monte, en mars, Simon Boccanegra (version de Milan, 1881), sous la direction de Roberto Rizzi Brignoli et dans une mise en scène de Philipp Himmelmann, avec le Doge de Vittorio Vitelli. De son côté, l’Opéra de Lyon a programmé un festival Verdi en mars-avril : Macbeth (mise en scène Ivo Van Hove) et Don Carlos (Christophe Honoré) sont à l’affiche, sous la direction de Daniele Rustioni. S’y ajoute une version de concert d’Attila, à l’Opéra (12 novembre) puis à l’Auditorium (18 mars), également sous la direction de Daniele Rustioni, avec Dmitry Ulyanov (Attila) et Tatiana Serjan (Odabella).
Rossini est aussi largement représenté. La saison de l’Opéra de Montpellier ouvre avec L’Italienne à Alger (coproduction avec Nancy, où elle sera reprise en juin, et Metz), mise en scène par David Hermann, avec l’Isabelle de Carol Garcia (septembre). Autre Italienne à Toulon (coproduction Avignon et Marseille) mise en scène par Nicola Berloffa (avril), ou, en version de concert, à l’Opéra royal de Versailles sous la direction de Jean-Christophe Spinosi (29 juin). Le Barbier de Séville est à Metz, nouvelle production signée Joël Lauwers, avec notamment Sébastien Droy en Almaviva et Armando Noguera en Figaro (avril), mais aussi à Marseille dans une nouvelle production de Damien Robert avec Adrien Perruchon au pupitre et deux distributions en alternance (février) ou encore à Massy dans une production venue d’Italie (janvier). Lyon présente La cenerentola (nouvelle production, décembre). Moins fréquente, Semiramide sera à Saint-Etienne (coproduction avec Nancy où elle a été donnée la saison dernière) : Karine Deshayes y abordera le rôle de la reine de Babylone, sous la direction de Giuseppe Grazioli (mars).
En matière de belcanto romantique, la curiosité n’est pas de mise : Norma de Bellini est à Rennes, avec Daniela Schillaci, Angelo Villari… (mai-juin), Le Pirate en concert à Bordeaux le 6 novembre, sous la direction de Paul Daniel, en hommage à Maria Callas disparue il y a quarante ans. De Donizetti, on verra Lucia di Lammermoor à Rouen, dans une mise en scène de Frédéric Roels, directeur “sortant” de la maison (septembre-­octobre), puis à Toulon, avec Serenad Uyar, Roberto De Biasio, David Bizic… (mars), et ensuite à Bordeaux en avril (production de La Fenice de Venise), avec Georgia Jarman, Julien Behr et Florian Sempey. L’Elixir d’amour sera à Tours, mis en scène par Adriano Sinivia (production venue de Lausanne) avec Barbara Bargnesi et Gustavo Quaresma (mars). Enfin, Marseille affiche La Favorite en version de concert, avec Clémentine Margaine, Paolo Fanale, Jean-François Lapointe, Nicolas Courjal… sous la direction de Paolo Arrivabeni (octobre).

Vérisme

Saint-Etienne, qui est l’une des maisons d’opéras à programmer – avec Marseille notamment – le plus de chanteurs français, monte une Adrienne Lecouvreur de Cilea (coproduction Monte-Carlo, janvier) qui verra Béatrice Uria-Monzon faire ses débuts dans le rôle de la tragédienne. Elle sera entourée de Sébastien Guèze, Sophie Ponjiclis, Marc Scoffoni… sous la direction de Francesco Lanzillotta et dans la mise en scène de Davide Livermore. Lyon présente, au théâtre de la Croix-Rousse, La Belle au bois dormant de Respighi (1922), opéra inspiré, bien sûr, du conte de Perrault et bien oublié depuis la disparition du compositeur. Il avait été créé en France seulement en 2014 par l’Opéra du Rhin. La production lyonnaise est signée Barbara Horakova et dirigée par Philippe Forget ; elle réunira les jeunes artistes du Studio de l’Opéra de Lyon. Même si Nicolas Joel l’avait mise à l’affiche alors qu’il dirigeait l’Opéra de Paris, Francesca da Rimini de Zandonai reste peu représentée en France. C’est à l’Opéra du Rhin qu’on pourra voir cet opéra en quatre actes dans une mise en scène de Nicolas Raab et sous la baguette de Giuliano Carella, avec Alexia Voulgaridou dans le rôle-titre (décembre à Strasbourg, janvier à Mulhouse).

Le retour de l’opérette ?

Après avoir été banni de bien des théâtres ou cantonné aux divertissements de fin d’année, le répertoire léger semble opérer un retour en grâce. Le symbole le plus net en est la reprise du théâtre de l’Odéon, temple marseillais du genre, par Maurice Xiberras, le directeur de l’Opéra de Marseille. Cette saison, il y programme aussi bien Lopez (Quatre Jours à Paris et Le Chanteur de Mexico) qu’Offenbach (La Vie parisienne et La Fille du tambour-major), Johann Strauss (Valses de Vienne) et son presque homonyme Oscar Straus (Rêve de valse), ou encore les Français Messager (Monsieur Beaucaire) et Maurice Yvain (Là-haut). A Avignon, on verra une nouvelle production des Mousquetaires au couvent de Varney (Dominique Trottein au pupitre, Valérie Marestin signant la mise en scène) : on y attend avec impatience Franck Leguérinel en Abbé Bridaine ! A Toulon, en octobre, la saison reprend avec Mam’zelle Nitouche d’Hervé, dirigée par Jean-Pierre Haeck et mise en scène par Pierre-André Weitz (qui avait remonté la saison dernière Les Chevaliers de la Table ronde). On notera la présence d’Olivier Py dans la distribution ! Coproduit avec la Palazzetto Bru Zane, le spectacle sera aussi donné à Nantes en décembre. Nantes affiche aussi, en fin de saison, Les P’tites Michu de Messager sous la direction de Pierre Dumoussaud avec la compagnie Les Brigands (mai-juin, également à Angers). Pour fêter la nouvelle liaison TGV qui met Bordeaux à deux heures de la capitale, Marc Minkowski, directeur de l’Opéra, ouvre la saison avec La Vie parisienne, dont le premier acte se déroule dans une gare : Anne-Catherine Gillet, Marie-Adeline Henry, Philippe Talbot, Jean-Paul Fouchécourt, Marc Barrard sont quelques-uns des protagonistes (septembre-octobre).
La comédie musicale n’est pas en reste et Broadway s’invite en France avec My Fair Lady à l’affiche de Marseille (mise en scène de Jean Liermier) et à Tours dans une production signée Paul-Emile Fourny où l’on note le retour sur les planches du metteur en scène Jean-Louis Pichon pour endosser l’habit du Professeur Higgins ! L’Opéra de Toulon, qui programme un musical chaque année, a choisi cette saison Wonderful Town de Bernstein, dont ce sera la création française. Une belle façon de célébrer le centenaire du chef d’orchestre et compositeur ; Olivier Bénézech signe la mise en scène, Larry Blank sera au pupitre (janvier).

Répertoire d’aujourd’hui

Dans le cadre du festival Musica, Strasbourg accueille Kein Licht de Philippe Manoury (création française), d’après la nouvelle d’Elfride Jelinek inspirée du drame de Fukushima : Julien Leroy est au pupitre, avec Sarah Maria Sun, Olivia Vermeulen, Lionel Peintre… (septembre). L’Opéra du Rhin affiche aussi Le Pavillon d’or de Toshiro Mayuzumi, opéra créé à Berlin en 1976 ; Paul Daniel dirige cette première française, dans une mise en scène d’Amon Miyamoto (mars à Strasbourg, avril à Mulhouse).
Création de Germania d’Alexander Rastakov à l’Opéra de Lyon (qui avait déjà présenté son Cœur de chien en 2014), opéra d’après Heiner Müller qui met en scène l’affrontement de deux régimes totalitaires, nazisme et communisme. Mise en scène de John Fulljames, direction musicale Alejo Pérez (mai-juin). Autre création mondiale, celle de Fando et Lis de notre collaborateur et ami Benoît Menut à l’Opéra de Saint-Etienne (mai). Inspiré de l’œuvre d’Arrabal, « fable d’un monde postapocalyptique, où Lis demeure la dernière femme », le livret est de Kristian Frédéric qui signe aussi la mise en scène. Avec Mathias Vidal, Maya Villanueva, Pierre-Yves Pruvot…
L’Opéra de Marseille fait sa rentrée avec la reprise du Dernier Jour d’un condamné, œuvre de la fratrie Alagna (David pour la musique, Roberto dans le rôle principal, Frederico et ses deux frères pour le livret), sous la direction de Jean-Yves Ossonce. Commande du Centre français de promotion lyrique, l’opéra de Martin Matalon, L’Ombre de Venceslao, créé à Rennes en novembre dernier, poursuit sa tournée dans les théâtres de l’Hexagone : Marseille en novembre, Montpellier en janvier, Reims en février. Le Pinocchio de Philippe Boesmans, dont la création cet été a enthousiasmé le Festival d’Aix, sera repris à Dijon en octobre puis à Bordeaux en mai. On y retrouvera Chloé Briot, Vincent Le Texier et Stéphane Degoult (Dijon) ou Lionel Lhote (Bordeaux).

 

Offenbach à Marseille

Le musicologue Jean-Christophe Keck, spécialiste du compositeur, a entrepris de donner la totalité des opérettes en un acte d’Offenbach, en version de concert avec piano. Pour la deuxième saison, on entendra ainsi au théâtre de l’Odéon : Pierrette et Jacquot (10 décembre), Une demoiselle en loterie (21 janvier), La Chatte métamorphosée en femme (18 février), La Rose de Saint-Flour (22 avril) et Tromb-Al-Cazar (13 mai).

 

La Clef des chants

Avec la création de la région Hauts-de-France, l’association de décentralisation lyrique, qui œuvrait jusqu’ici dans le Nord et le Pas-de-Calais, étend progressivement son rayon d’action aux trois départements picards. Mais toujours avec le souci d’apporter l’opéra dans des lieux éloignés des grands centres lyriques.
Musique légère avec deux opéras bouffes en un acte, Le Compositeur toqué (1854) d’Hervé et Les Deux Aveugles (1855) d’Offenbach, avec Flannan Obé et Raphaël Brémard, accompagnés au piano par Christophe Manien. Création à Marne-la-Vallée le 6 octobre puis tournée dans les Hauts-de-France en novembre. Opérette toujours avec Dédé de Christiné (à Hazebrouck en février), ou du comique avec “Crise de voix”, un spectacle lyrico-burlesque (première à La Madeleine en septembre). Le jeune public est bien servi : un “Petit ­Opéra bouche” (pour les enfants à partir de 2 ans), “Dans les plis de mes rêves” (dès 6 mois) et un autre spectacle pour enfants, “Trois fois rien” qui tournera de Houchin (septembre) à ­Beauvais (février).
Mobilité incontestable avec l’Opérabus (un autobus aménagé par l’association Harmonia Sacra en théâtre lyrique, tout de rouge et d’or) qui présente deux spectacles: “Carmen Cuisine”, mêlant le chef-d’œuvre de Bizet et la zarzuela (17 lieux différents de septembre à novembre), et Rigoletto, une adaptation d’Arnaud ­Guillou­ pour une soprano, un ténor, un comédien et un accordéon (première à Arras le 25 septembre et tournée, notamment dans des collèges, jusqu’en avril).
Mais c’est en fin de saison que sera créée la principale production de La Clef des chants, Into the Wood de Sondheim : Samuel Sené dirigera des musiciens de l’Opéra de Reims et Olivier Bénézech signera la mise en scène. Première à ­Hardelot en juin 2018.

 

Un Barbier voyageur pour le jeune public

Le Centre français de promotion lyrique réédite son opération de diffusion qui avait déjà permis à trois spectacles – Le Voyage à Reims de Rossini, Les Caprices de Marianne de Sauguet et L’Ombre de Venceslao de Martin Matalon – de tourner dans de nombreux théâtres. Cette fois, il s’agit d’une version “simplifiée” et raccourcie (1 h 10) du Barbier de Séville de ­Rossini, conçue pour le jeune public. Intitulée “Un barbier”, cette adaptation de Gilles Rico, qui a également traduit le livret en français, sera dirigée par Adrien Perruchon ; deux distributions alterneront : Matthieu Justine/Pierre-­Emmanuel ­Roubet (Almaviva), Mathieu Gardon/Anas Seguin (Figaro), Inès Berlet/Marion Lebègue (Rosine), Thibault Desplantes/­Francis Dudziak (Bartolo), Olivier Déjean/Guilhem Worms (Basilio). A Paris, théâtre des Champs-Elysées en janvier, ­Marseille (Odéon) en février, Avignon en mai, Montpellier, Nice, Reims, Rouen Toulon et Vichy.

Saisons parisiennes

Pour mémoire, la saison de l’Opéra de Paris a été présentée dans notre numéro 489. Nous nous intéresserons ici aux autres salles de la capitale.
Théâtre des Champs-Elysées Quatre opéras en version scénique, douze en version de concert composent la saison du théâtre de l’avenue Montaigne. Laurent Pelly met en scène Le Barbier de Séville, un spectacle qui sera dirigé par Jérémie Rhorer avec deux distributions dont une de jeunes talents (décembre). En février, reprise des Dialogues des carmélites de Poulenc (Rhorer/Py) qui avaient triomphé il y a quatre ans, puis rencontre au sommet entre Cecilia Bartoli et Philippe Jaroussky dans une Alcina de Haendel venue de Zurich et dirigée par Emmanuelle Haïm (mars). On retrouvera le contre-ténor, cette fois avec Patricia Petibon, dans Orfeo ed Euridice de Gluck, en mai-juin (coproduction Versailles). Parmi les ouvrages donnés en version de concert, la part belle est faite au répertoire italien : Lucia di Lammermoor de Donizetti en ouverture, avec Jessica Pratt et Paolo Fanale (12 septembre), La Clémence de Titus dirigée par Teodor Currentzis (le 15), Giulio Cesare (16 octobre) et Rinaldo (5 juin) de Haendel, deux opéras de Verdi, Macbeth avec Dalibor Jenis et Anna Pirozzi (24 octobre) et Attila, avec les forces de l’Opéra de Lyon (15 novembre), ainsi que deux œuvres de Rossini, La cenerentola avec Karine Deshayes le 16 juin et L’Italienne à Alger le 22. Christophe Rousset et ses Talens lyriques feront une incursion dans l’opéra français du 19e siècle avec Faust de Gounod (version de 1859), dans lequel on pourra entendre Jean-François Borras et Véronique Gens… (14 juin).
Théâtre du Châtelet Fermé pendant deux ans et demi pour travaux, le théâtre présente un spectacle “hors les murs”, la comédie musicale Singin’ in the Rain qui sera donnée au Grand Palais à partir de novembre. Gros succès du mandat de Jean-Luc Choplin, le spectacle avait été créé en 2015 dans une mise en scène de Robert Carsen, reprise ici. De quoi patienter en attendant la réouverture, sous une nouvelle direction, celle de Ruth Mackenzie et Thomas Lauriot dit Prévost.
Opéra-Comique Rouverte après travaux la saison dernière, la salle Favart présente quatre opéras d’ici la fin de l’année (l’institution, dirigée par Olivier Mantei, se distingue en établissant désormais sa programmation de janvier à décembre). Ce sera d’abord Miranda d’après Purcell, une création de Katie Mitchell, avec Raphaël Pichon au pupitre (septembre-octobre), puis Kein Licht de Philippe Manoury en coproduction avec le festival Musica (octobre). En novembre, une Flûte enchantée de Mozart venue du Komische Oper Berlin (novembre) et Le Comte Ory de Rossini vu par Denis Podalydès et dirigé par Louis Langrée, avec Philippe Talbot, Julie Fuchs, Gaëlle Arquez… (décembre, reprise à Versailles en janvier). Attendons pour la programmation 2018, même si l’on sait déjà qu’il y aura, pour l’anniversaire de Gounod, une production de La Nonne sanglante (avec Michael Spyres, Vannina Santoni…) en juin, avec le concours du Palazzetto Bru Zane.

La saison lyrique chez nos voisins

Bruxelles C’est avec le Pinocchio de Philippe Boesmans que le théâtre royal de La Monnaie rouvre ses portes après deux ans de travaux. Quatre nouvelles productions sont à l’affiche dont Lucio Silla de Mozart, mis en scène par Tobias Kratzer (octobre-­novembre), puis un diptyque composé de Il prigioniero de Dallapiccola et de Das Gehege de Rihm (janvier). Autres nouveautés, Cavalleria rusticana et Pagliacci, mis en scène par Damiano Michieletto (mars), un Lohengrin signé Olivier Py (avril-mai), et, en fin de saison, Bartok avec Le Mandarin merveilleux et Le Château de Barbe-Bleue vus par Christophe Coppens (juin).
Liège L’Opéra royal de Wallonie joue la tradition avec neuf spectacles (tous des nouvelles productions) où le répertoire italien domine : Rossini (La donna del lago en mai), Bellini (Norma avec Patrizia Ciofi en octobre-novembre), Donizetti (La Favorite en novembre), ­Verdi (Rigoletto en décembre, puis Macbeth avec Leo Nucci en juin) et Puccini avec Manon Lescaut en septembre. Des Noces de Figaro dirigées par Christophe Rousset (avril). Deux opéras français, Carmen en janvier et le rare Domino noir d’Auber (février-mars), complètent la saison.
Genève Pendant les travaux du Grand-Théâtre, les spectacles encore donnés dans l’éphémère ­Opéra des nations. Ouverture, en septembre, avec une ­ “trilogie ­Figaro”, permettant de voir en trois jours Le Barbier de Séville de Rossini, Les Noces de Figaro de Mozart et Figaro Gets a Divorce d’Elena Langer (créé à Cardiff en 2016). Nouvelles productions avec Le Baron tzigane de Johann Strauss pour les fêtes de fin d’année, un Faust de ­Gounod vu par Georges Lavaudant (février), King Arthur de Purcell par Leonardo Garcia Alarcon et sa Capella Mediterranea (avril-mai) et, en juin, un Don Giovanni qui réunira Simon Keenlyside, Patrizia ­Ciofi, Ramon Vargas… dans une mise en scène de David Bösch. A noter aussi, Ascanio de Saint-Saëns, donné en version de concert sous la houlette de Guillaume Tourniaire (novembre) ou encore quelques reprises dont le Fantasio ­d’Offenbach venu de l’Opéra-Comique (novembre).
Lausanne Lucia di Lammermoor de Donizetti (septembre-­octobre) ouvre la saison lausannoise, composée uniquement de nouvelles productions. Suivront un Chanteur de Mexico signé Emilio Sagi (décembre), La Somnambule de Bellini avec Olga Peretyatko dans le rôle principal (février), La Clémence de Titus avec Diego Fasolis au pupitre (mars) ou encore Simon Boccanegra de Verdi (juin), avec le Doge de Roberto Frontali. Mais l’événement sera cette Donna del lago de Rossini, mise en scène par le contre-ténor Max Emanuel Cencic qui se réservera le rôle de Malcolm (avril).
Monte-Carlo Succès public assuré pour le spectacle d’ouverture, avec Cecilia Bartoli qui chante dans La cenerentola de Rossini, reprise du spectacle signé Jean-Pierre Ponnelle (octobre-novembre). Suivra une nouvelle production d’Adriana Lecouvreur de Cilea (novembre). Après des Puritains de Bellini en concert (avec Annick Massis…, décembre), on verra Juan Diego Florez aborder son premier Hoffmann dans le chef-d’œuvre d’Offenbach, avec Olga Peretyatko, Nicolas Courjal… mis en scène par le maître des lieux, Jean-Louis Grinda (janvier). Autre nouvelle production, Peter Grimes de Britten (février), puis une reprise du Faust de Gounod signée Nicolas Joel (mars) précédera I masnadieri de Verdi avec Ramon Vargas, Nicola Alaimo, Carmen Giannatasio… (avril).
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