Les épreuves de musique au concours de recrutement de professeur des écoles

06/09/2017
Des épreuves qui conviendraient à des professionnels, des questions pièges posées par les jurys… de quoi décontenancer les postulants ! Le témoignage d’un professeur.
Les jeunes concurrents au recrutement de professeurs des écoles ont planché en mai et juin 2017 sur les épreuves de musique, dont les modalités étaient les suivantes :
réalisation d’un dossier de dix pages portant sur la description d’une séquence pédagogique (séquence = ensemble de séances) traitant d’un sujet particulier, mené dans un niveau de classe allant de la petite section au CM2 ;
exposé oral de la séquence devant un jury (20 minutes) et entretien sur des questions élargies (40 minutes).
Le texte officiel de l’épreuve prévoit que le dossier « peut être conçu à l’aide des différentes possibilités offertes par les technologies de l’information et de la communication usuelles, y compris audiovisuelles (format compact-disc) », les jurys étant habilités à recevoir les supports numériques apportés par les candidats, illustrant leurs propos.

Une formation de 7,5 heures

Analysés objectivement, les termes de l’épreuve sous-tendent que les candidats sont déjà, avant leur formation professionnelle dans les écoles supérieures de professorat et de l’éducation (Espé), d’excellents pédagogues, musiciens, capables de transmettre leurs compétences et sachant parfaitement construire des séances musicales adaptées à un public qu’ils n’ont, pour la plupart, jamais rencontré… Après leur réussite au concours, ils auront d’ailleurs, dans l’académie de Versailles, une formation conséquente de 7,5 heures pour acquérir tous les savoirs qui leur feraient défaut.
Dans son récent ouvrage, Education musicale – Oral/admission. CRPE 2017 (Dunod), Pierre-Jean Schoen donne des exemples de dossiers : apprentissage de chants – travail d’écoute sur des œuvres musicales, sur des périodes de l’histoire, sur des compositeurs, connaissance des instruments – créativité – codage – repérage des paramètres musicaux… Il a le mérite de poser un cadre méthodologique relativement bien conçu, avec des propos parfaitement clairs, réalistes et adaptés aux objectifs de l’école primaire (maternelle et élémentaire). Pour ceux qui ont le plus de chance, une formation en master 1, dans les Espé, dispense une préparation de 18 heures à l’épreuve musicale du concours.
Pierre-Jean Schoen évoque l’utilité de connaître les modalités régionales mises en place par les jurys, qui diffèrent sensiblement sur l’ensemble du territoire français, et aussi la nécessité de lire les rapports de jury permettant de mesurer les attentes ciblées.

Instruments de musique non autorisés

Pour les candidats passant leur concours à Gennevilliers cette année (un des pôles de l’Espé de l’académie de Versailles), les instruments de musique n’étaient pas autorisés, les jurys ne disposaient pas de moyen de diffuser la musique (pas d’ordinateur pour lire les CD et DVD) et les compétiteurs devaient s’en tenir à leur exposé oral. De nombreux retours de candidats soulignent malgré tout des jurys « agréables », « mettant les jeunes en confiance », demandant à compléter des informations nécessaires sur les objectifs, les évaluations… Mais une autre part, non négligeable, fait état de jugements tranchés et propos discutables qui leur ont été tenus, tels que : « Il n’est pas possible de consacrer une séquence au timbre, car tous les paramètres sonores sont interdépendants » ; « Les bruits quotidiens ne sont pas des timbres » ; « Il est trop difficile de faire travailler la pulsation à des élèves » ; « Il ne sert à rien de découvrir les instruments, car ce n’est pas au programme, et cela n’a pas d’intérêt » ; « Présenter la flûte est un inconvénient »…
Bon nombre de questions posées ont été ciblées sur les perspectives élargies autour des dossiers présentés, d’autres s’en éloignant considérablement, comme : « Un élève refuse de chanter car sa religion le lui interdit, que faites-vous ? » Une candidate ajoute : « Quand je me suis levée pour chanter, j’ai eu droit à des yeux de merlan frit ! J’ai eu la sensation que je m’étais trompée de salle et que j’étais en sciences ou en histoire, parce que mon jury a eu l’air dérangé par le fait que j’ose chanter… En résumé : un oral de musique… sans musique. »

On ne saurait, bien évidemment, résumer un concours à travers un assemblage de témoignages divers et subjectifs comme ceux que je viens de citer. Néanmoins, il serait temps, pour l’équité et l’égalité des chances, qu’un référentiel national cadre l’évaluation des candidats, sous peine de laisser faire « n’importe quoi à n’importe qui », selon la formule de Rémi Gaillard.

Bernard Leuthereau, professeur agrégé d’éducation musicale
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