Belle et “Tragique” ouverture de saison de l’Orchestre de Paris

Laurent Vilarem 12/09/2017
Pour sa rentrée à la Philharmonie de Paris, Daniel Harding a proposé une 6e Symphonie dite “Tragique” de Mahler, époustouflante de maîtrise et de cohérence. Un premier concert, certes grave, mais qui augure du meilleur pour la saison de la formation parisienne.

Il y a des Mahler qui vous emportent par l’énergie du chef d’orchestre. Et il y a des lectures moins physiques du compositeur autrichien, plus cérébrales dirait-on, dans laquelle l’émotion naît de l’effet cumulatif d’options instrumentales particulièrement pensées. La Symphonie n°6 dirigée par Daniel Harding appartient décidément à cette deuxième catégorie. Cette optique était mise en évidence, dès l’ouverture du concert, par le choix de la Musique pour les funérailles de la reine Mary que le chef britannique imagine comme un prélude (sans applaudissements) à la symphonie mahlérienne. Belle manière de mettre en lumière l’aspect funèbre et hypnotique de la pièce de Purcell, bien rendue par des cuivres parfaits et un Chœur de l’Orchestre de Paris diaphane.

On retrouvera tout au long de la soirée cette clarté aveuglante, presque privée d’élan vital et de contrastes. Car le Mahler de Harding déroute : il n’y a pas de grotesque ni de second degré, le coloris s’apparente plus à un dégradé lumineux de noir et de blanc qu’à une débauche de passions et de fureurs. C’est ainsi la dimension macabre, presque dépressive qui frappe ici le plus.

L’Allegro energico évacue dès les premières mesures tout pathos et traite avec brio la masse orchestrale. Les transitions chambristes sont particulièrement soignées, magnifiant le retour de l’élan rythmique. L’Andante (placé ici en deuxième position) constitue sans doute la plus belle réussite de la soirée : d’une beauté instrumentale à se damner (magnifiques épisodes solistes), le mouvement sourd d’un horizon d’attente et de menace, évitant l’écueil du narcissisme sonore. Le Scherzo montre en revanche les limites de la méthode Harding : figé, intellectuel et par trop confortable. Quant au Finale, il impressionne une nouvelle fois par sa conduite inexorable et sa dimension obsessionnelle, au diapason d’un Orchestre de Paris qui suit son exigeant directeur musical avec une attention infaillible et un engagement de tous les instants. (8 septembre)

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