Orgue sacré et profane

Alain Pâris 26/09/2017
Nouvelle édition en cours de la bible des organistes, découverte d’un disciple de Bruckner, réhabilitation d’un éminent pédagogue, confirmation d’une figure marquante de notre temps.Les organistes sont gâtés en cette rentrée.
La nouvelle édition Breitkopf de la musique pour orgue de Bach suit son cours avec le troisième volume (le huitième en ordre de parution) consacré aux Fantaisies et aux Fugues. Si certaines d’entre elles sont associées, il s’agit, dans la majeure partie des cas, de pièces isolées qui n’appartiennent à aucun corpus. Elles s’échelonnent sur l’ensemble de la vie du Cantor, jusqu’à l’ultime Fantaisie et fugue BWV 537, mais sont difficiles à dater pour la plupart d’entre elles, car rares sont les sources manuscrites authentiques. On possède des copies, pas toujours de première main, ce qui explique la multiplicité des versions pour certaines pièces dont l’authenti­cité n’est pas toujours prouvée. L’éditeur de ce volume, Pieter Dirksen, a retenu les variantes et fragments que de récents travaux musicologiques ont permis d’associer aux œuvres qui figuraient dans l’ancienne édition. Un CD-ROM joint à la partition regroupe ces variantes ainsi que les œuvres autrefois attribuées à Bach et dont on sait aujourd’hui qu’il n’en est pas l’auteur. Excellente idée d’avoir reproduit quelques pages manuscrites en tête des œuvres concernées.
La suite de l'article (74 %) est réservée aux abonnés...

Helga Schauerte-Maubouet poursuit l’édition Urtext de l’œuvre de Théodore Dubois (1837-1924) chez Bärenreiter. Le sixième et dernier volume est consacré aux “42 Pièces pour orgue sans pédalier”, publiées à titre posthume (1925). Une telle somme permet de remettre les pendules à l’heure et de ne plus considérer Théodore Dubois seulement comme l’auteur des traités de référence grâce auxquels des générations d’étudiants ont appris à croiser accords et lignes contrapuntiques. Dubois n’était pas un avant-gardiste. Est-ce honteux ? On pourrait en dire autant de Brahms ou de Respighi. Ils ont pourtant trouvé leur place au répertoire. Ces 42 pièces de durée et de caractère très contrastés sont avant tout conçues pour habiller la liturgie. Certes, elle a changé depuis un siècle, mais beauté et concision semblent revenir à l’ordre du jour dans bon nombre de paroisses et, même sur des instruments très simples, voire des harmoniums, ces pièces feront le bonheur des organistes par leur côté profondément religieux et intemporel.

La musique de Naji Hakim (né en 1955) s’inscrit dans un renouvellement du répertoire qui puise ses sources dans les fondamentaux de la musique française pour orgue. Si son triptyque Prélude, Choral et Danse évoque par son titre le Pater seraphicus, son contenu enjoué et concis parle un langage direct qui peut s’insérer à tout moment dans les célébrations. Avec son Fandango, dernier volet des Trois Danses basques, c’est la virtuosité de l’organiste qui reprend le dessus dans un langage qui ne renie pas son maître, Jean Langlais. Couleurs, rythmes, une autre tradition française, commencée notamment par Charles Bordes, Marcel Dupré et Ermend Bonnal, tradition qui a hissé à la tribune de l’orgue le répertoire populaire de nos régions. A en juger par le nombre de visites sur YouTube, elle fait déjà partie du répertoire de concert des organistes (Schott).

L’éditeur viennois Doblinger s’est fait une spécialité de sortir de l’ombre des compositeurs ou des œuvres ignorées, généralement conservées dans des bibliothèques d’Europe centrale. Hermann Pius Vergeiner (1859-1900) est la dernière de ces découvertes. Cet organiste autrichien originaire de Freistadt était un disciple de Bruckner avec qui il a étudié au Conservatoire de Vienne. Sa courte carrière a été assez chaotique, Vergeiner changeant de poste et de ville presque tous les ans. On ignore pourquoi, mais peut-être est-ce lié à son frère Anton, également compositeur, qui vivait avec lui et dont la réputation n’était pas des meilleures, éloignant Hermann des courants influents de la bonne société autrichienne. Toujours est-il que Hermann a fini ses jours dans la misère sans que son œuvre soit jamais publiée. Bernhard Prammer a commencé un travail d’exhumation – dont voici les deux premiers volumes – des pièces pour orgue écrites entre 1884 et 1888, cinquante au total. S’agit-il d’une découverte fondamentale ? Probablement pas, même si certaines pièces, notamment les fugues les plus développées, ouvrent la porte à un prolongement du langage brucknérien qui s’est épanoui beaucoup plus tard chez les organistes autrichiens. Mais il s’agit à l’évidence d’un maillon non négligeable que les curieux ne manqueront pas de découvrir.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous