Quel instrument choisir ?

Antoine Pecqueur 15/11/2008
Avant les inscriptions dans les conservatoires, des présentations des différents instruments sont souvent prévues, afin de montrer aux élèves et à leurs parents qu’ils ont un vaste choix, avant de se précipiter sur le piano ! Un directeur propose, non sans humour, une méthode originale pour déceler l’instrument qui conviendrait le mieux aux différentes personnalités des enfants. Nous avons demandé à deux musiciens enseignants leurs réactions à la lecture de ce texte. Elles sont plutôt vives!
En tant que directeur d’une école de musique, quand je reçois un nouvel élève, je ressens tout de suite ce qui domine chez lui (l’émotivité, l’intelligence ou le physique), compte tenu de son comportement général. Ensuite, pour les garçons, je pose la question suivante : quelle place souhaiteriez-vous jouer si vous pratiquiez le football (avant, milieu de terrain ou arrière) ? Leurs réponses me permettent de connaître leur combativité.
Puis j’explique que, dans chaque grande famille d’instruments, une dominante particulière de comportement est demandée au début de la pratique : pour l’émotion, la voix et les cordes frottées ; pour l’intelligence, les claviers (orgue, piano, clavecin, guitare, harpe, accordéon et percussion) et pour le physique, les instruments à vent.
Le parallèle entre l’orchestre et une équipe de football éclaire sur les prédispositions attendues pour la pratique de chaque instrument.

Parmi les cordes frottées, le violon demande un tempérament volontaire et combatif pour tenir la partie du dessus (avant), alors que l’altiste (violon alto) rayonne comme un milieu de terrain au sport ou comme un animateur de MJC. Le violoncelliste a la posture du penseur : collaborateur discret lorsqu’il joue dans le grave, il doit ressortir de la masse orchestrale à certains moments (arrière). Enfin, le contrebassiste est le roc qui portera toute la musique des autres, leur assurant la justesse. Il est dans les buts.
Dans la famille des cuivres, le trompettiste doit avoir les qualités d’un avant de football, le corniste est un milieu de terrain qui rayonne (le cor est le seul instrument qui a une diffusion de son totalement spatiale), le tromboniste est espiègle (le trombone est l’instrument du clown ou bien du soldat qui tient son fusil) et surgit quand on y pense le moins, le tubiste (tuba) égale le contrebassiste à cordes et l’arrière de football.

Pour les bois, la posture du joueur de flûte traversière n’est pas propice à l’humilité (buste en avant, tête relevée et bras en l’air), alors que le hautbois et le basson nécessitent une force intérieure peu commune en raison de la forme du tube (cône très fin à l’embouchure qui retient l’énergie : la pression dans la tête équivaut à celle d’un plongeur sous-marin en eaux profondes). La clarinette et la flûte à bec sont plus naturelles, étant des tuyaux cylindriques. Enfin, le saxophone, connoté jazz par son répertoire de prédilection, peut rester assez classique et proche du cor d’où il tire sa forme (tout dépend du professeur).

L’orgue convient aux matheux car il est très cérébral et demande des qualités d’analyse et d’anticipation constantes. L’accordéon de concert est son pendant, avec un répertoire complet aujourd’hui. Le piano, pour sa part, a un jeu caractériel (émission du son en fonction de la frappe de la touche), donc très différent de l’orgue, et son répertoire de prédilection est le romantisme.

La guitare classique est, à l’égal du clavecin et de la harpe, un instrument très intéressant, mais pas toujours bien connu (une contrainte : la taille en forme de plectre des ongles de la main droite).

La percussion est un ensemble de disciplines complexes qui demande toutes les qualités comme pour les autres claviers, mais peut-être plus encore, à cause des sons qui sont à fabriquer à chaque instant, sauf sur les claviers (de la finesse à la force tranquille, du soutien métrique à la discrétion du joueur de triangle).

Bernard Gélineau, directeur du CRI du pays de Château-Gontier
Extrait d’un article publié dans la revue de la Fnapec, n° 53, septembre 2008, avec l’aimable autorisation de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves de conservatoires.www.fnapec.com

 

La réaction de deux professeurs

« Le choix d’un instrument naît de l’enthousiasme de l’élève. »
Gionata Sgambaro, flûtiste, titulaire du CA, professeur au CRR de Rennes

« Attribuer à l’instrument une qualité et sélectionner ensuite les élèves en fonction de ces canons me paraît obéir à une seule logique de rentabilité. Le choix d’un instrument naît de l’enthousiasme de l’élève. Et, rappelons-le, l’instrument n’est pas une fin en soi, c’est avant tout un moyen d’épanouissement personnel pour l’enfant.
Dans ma classe, chacun de mes élèves est différent, et l’instrument leur permet d’enrichir leur personnalité. Je perçois dans les propos de ce directeur la volonté d’imaginer, grâce à ce classement par instrument, un découpage parfait pour former un orchestre...
Enfin, la comparaison avec le sport est dérangeante. Elle met en valeur la facette négative du football, considéré comme un révélateur de "combativité". Ce qui est éducatif dans le sport, c’est de mettre la performance du joueur au service d’un résultat d’équipe.
Le diagnostic posé dans ce texte me semble donc en porte-à-faux avec les valeurs de l’éducation. »

« Allier et non opposer l’émotivité, l’intelligence et le physique. »
Laurence Tricarri, titulaire du CA d’alto, professeur au CRD de Saint-Germain-en-Laye et au CRC de Villepinte

« C’est à l’enfant de choisir son instrument, et non au directeur, au professeur, ou à ses parents. Les conservatoires ont développé un grand nombre de dispositifs qui permettent d’aider les enfants dans leur choix.
Je vais ainsi régulièrement présenter l’alto dans des cours de solfège et j’accueille dans ma classe des enfants qui viennent découvrir l’instrument. Chaque année, des élèves rejoignent ainsi ma classe parce qu’ils ont eu un "coup de foudre". Comme ce sont les enfants qui ont eux-mêmes choisi leur instrument, ils sont placés face à leur responsabilité, ce qui engendre une meilleure qualité de travail.
Je trouve réducteur de classer les instruments selon le caractère de l’élève. J’ai remarqué qu’un élève qui manifeste une grande énergie corporelle peut révéler une rapidité de concentration étonnante et demeurer très calme dans le travail du cours. Inversement, un enfant calme peut devenir très engagé et très "physique" dès lors qu’il est en contact avec son instrument. La musique a le pouvoir de développer diverses facettes du potentiel de chaque enfant : le contrôle de la posture, l’écoute, le développement du goût, du beau...
Il me paraît indispensable, dans le travail pédagogique, d’allier et non d’opposer l’émotivité, l’intelligence et le physique. »

La discussion est ouverte !
Propos recueillis par Antoine Pecqueur

(sur le même sujet voir également LM356, LM329)

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