Tiefland ouvre la saison lyrique toulousaine

Laurent Vilarem 09/10/2017
Il en fallait du culot au théâtre du Capitole pour ouvrir sa saison avec Tiefland d’Eugen d’Albert, un ouvrage régulièrement programmé en Allemagne mais méconnu en France. Le pari est magnifiquement réussi, grâce à un spectacle pétri d’humanité, au diapason d’une équipe musicale exceptionnelle.

Quelle étrange musique que celle d’Eugen d’Albert (1864-1932), né à Glasgow avant de devenir directeur du Conservatoire de Berlin en 1907 ! A titre d’anecdote, Tiefland (créé à Prague en 1903) était l’opéra préféré de… Hitler, au point que ce dernier demanda en 1940 à Leni Riefenstahl d’en faire une adaptation cinématographique. Bien curieuse collusion, en vérité, tant la dimension profondément cosmopolite de la musique d’Albert frappe à l’écoute : une scène déploie tantôt une force wagnérienne, tantôt des effluves viennoises, tantôt des envolées véristes, alors que plane sur l’ensemble de l’ouvrage un parfum d’ “espagnolade” comme on peut en trouver dans un grand opéra français. Soucieux d’homogénéité, Tiefland s’affirme en réalité comme un ouvrage naturaliste allemand, unique en son genre.

L’histoire, basée sur une pièce du catalan Angel Guimerà, oppose le naïf berger, Pedro (Nikolai Schukoff), à Sebastiano (Markus Brück), maître des Basses Terres, qui le dupe en lui promettant en mariage Marta (Meagan Miller). Même s’il véhicule le thème actuel du retour à la nature, le livret de Rudolf Lothar ne brille pas par son originalité. L’intrigue reste prévisible mais propose de beaux personnages, magnifiquement croqués par la mise en scène de Walter Sutcliffe. Ici, pas de réelle actualisation mais une clarification des enjeux dramaturgiques (superbes décors et costumes de Kaspar Glarner) et psychologiques.

Les chanteurs sont criants de vérité, à commencer par Nikolai Schukoff, présence étonnante, voix éblouissante, Markus Brück, bloc d’autorité à la voix chaleureuse ou Meagan Miller, grande voix lyrique qui retranscrit finement la libération de Marta. Un mot également sur le bien sonnant Tommaso de Scott Wilde, et l’étonnante Nuri d’Anna Schoeck. Face au chœur et à l’orchestre du Capitole, le chef Claus Peter Flor veille à ne jamais couvrir les voix et à faire ressortir l’élan et les rythmes, comme s’il s’agissait d’un authentique folklore national, à la manière d’un opéra de Janacek. Une musique, décidément attachante, seulement plombée par un dénouement trop conventionnel, et qui obtient, grâce à la production du théâtre du Capitole, une magnifique renaissance. (6 octobre)

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