Pinocchio de Philippe Boesmans à Dijon

Laurent Vilarem 11/10/2017
Donné dans une version légèrement raccourcie, Pinocchio de Boesmans éblouit plus encore qu’à sa création au Festival d’Aix-en-Provence, en juillet dernier. Par sa cohésion, l’équipe réunie à l’Opéra de Dijon hisse au rang de chef-d’œuvre cette relecture moderne du conte de Collodi.

Dès les premières mesures, la musique de Boesmans apparaît agile, familière, humoristique. Le style du compositeur belge se renouvelle ici dans les atours d’un opéra pour enfants. S’il fallait trouver un équivalent artistique à Boesmans, ce ne serait pas du côté de la musique qu’il faudrait chercher, mais du cinéma. A l’instar du réalisateur Alain Resnais qui a multiplié les scénaristes, le compositeur de Reigen change de metteur en scène et de librettiste, mais l’univers reste le même : attrait pour des personnages décalés, fascination de la laideur et de l’animalité, présence de musiciens sur scène et de parasitages en coulisses, hédonisme sonore dans une trame d’une cruauté absolue… A l’exception d’une partie vocale parfois empruntée, Pinocchio multiplie les allusions à l’histoire de l’opéra, tout en offrant une partie instrumentale merveilleusement simple et ondoyante. Familiers de l’œuvre depuis la création à Aix puis une reprise à Bruxelles, les musiciens du Klangforum Wien excellent sous la direction d’Emilio Pomarico.

La première demi-heure est lente (à Dijon, le spectacle est raccourci de quelques minutes et donné sans entracte), mais plus encore que dans Au monde, le précédent opéra de Boesmans, le spectacle atteint ensuite la quintessence du conte. Librettiste et metteur en scène, Joël Pommerat propose ici une relecture stimulante du personnage de Collodi, avec un Pinocchio qui souhaite gagner de l’argent. Sous ces abords prosaïques, le livret s’affirme comme une jolie critique de la fausseté de notre époque, tout en réservant des épisodes stupéfiants de merveilleux.

Pour tous ceux qui connaissent le théâtre de Pommerat, la fluidité, avec laquelle le spectacle se déroule, ne surprendra personne. Mais à l’opéra, on a rarement vu des chanteurs aussi à l’aise dans leurs personnages. Clé de voûte de la représentation, le baryton Stéphane Degout est magnifique de charisme et de musicalité, jusque dans les parties parlées en bord de scène ; Vincent Le Texier prête sa puissante voix au touchant personnage du Père ; Yann Beuron est irrésistible de nonchalance en escroc, tandis que Julie Boulianne et Marie-Eve Munger séduisent, l’une par sa rouerie dans le rôle d’un enfant turbulent, l’autre par ces magnifiques vocalises dans celui de la Fée. Quant au Pantin de Chloé Briot, il réaffirme l’immense talent d’une soprano qui s’avère par ailleurs un formidable Enfant de l’opéra de Ravel.

Le jeune public dans la salle ne s’y trompe pas et rappelle longuement les chanteurs. Bravo à l’Opéra de Dijon qui fait aimer l’opéra, avec ce splendide Pinocchio, à tous les collégiens et lycéens présents ! (10 octobre)

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