Les Frivolités parisiennes redonnent vie à Yes ! de Maurice Yvain

Les Frivolités parisiennes sont de retour avec une nouvelle comédie musicale décapante de Maurice Yvain et Albert Willemetz au théâtre Trévise à Paris : Yes !

Après Gosse de riche du même Yvain en avril, la compagnie spécialisée dans la redécouverte des trésors de la musique légère du début du siècle revient avec ce qui reste comme l’un des chefs-d’œuvre du duo historique de compositeur et de parolier : Maurice Yvain et Albert Willemetz : Yes !, comédie musicale créée en 1928. D’un côté, un artisan brillant, à l’aise aussi bien dans le pastiche que dans la musique originale, mêlant le swing de Broadway à l’opérette à la française, le tout saupoudré d’un petit accent latino quand le livret le demande. De l’autre côté, un observateur hors-pair de sa bourgeoisie contemporaine et de toutes ses bassesses, dont les paroles se savourent à grand renfort de jeux de mots, de rimes bien senties et d’autres clins d’œil historiques bien troussés.

Rien de nouveau sous le soleil : Yes ! s’appuie sur le schéma habituel du théâtre de boulevard. Gavard père, richissime et autoritaire, a conçu pour son fils débile un mariage de fortune contre son bon cœur : Maxime s’amourache en effet naïvement de Totte, la manucure charmante mais un peu sotte. S’en mêle le couple ami des Saint-Eglefin, dont la femme a commerce, elle aussi, en douce, avec Maxime dans le dos de son crétin satisfait de mari. En arrière-plan, interviennent aussi le majordome César, qui a des velléités assez vite refroidies d’homme politique révolutionnaire, le coiffeur Roger devenu Regor, starlette de pacotille, et bien sûr, Marquita Negri, Don Juan de Valparaiso à jupon, que le père avait choisi comme parti pour son fils et qu’il finit par épouser lui-même, pour leur plus grand regret !

Sur scène, quel bonheur de retrouver quelques-uns des artisans du succès de Gosse de riche et qui nous ont de nouveau régalés, à commencer par Olivier Podesta en Loysel, homme à tout faire du père Gavard, que les humiliations permanentes ont rendu malin et irrésistiblement obséquieux. Qui d’autre pouvait mieux incarner la gourmande Marquita Negri que Charlène Duval, célèbre travesti parisien dégingandé ? D’un point de vue vocal, la palme revient quand même à Sandrine Buendia, merveilleuse soprano en Totte, aussi bonne gouailleuse montmartroise dans le rôle parlé que chanteuse délicate et sensuelle. Comédienne jusqu’au bout des ongles, il y avait la Lucette de Saint-Eglefin, pimbêche incarnée avec un plaisir gourmand par Léovanie Raud, la Clémentine faussement naïve de Karine Godefroy, un Gavard solidement arrimé dans le baryton de Julien Clément et Alexandre Martin-Varroy, très drôle dans la peau du nigaud Saint-Eglefin. Parmi les belles voix masculines, retenons celle du fils Maxime, chanté par Guillaume Durand, celle de Guillaume Paire, profonde, claire et très expressive dans le rôle de César, et enfin celle d’Emilien Marion, campant avec beaucoup de talent son coiffeur-artiste ridiculement prétentieux !

Il ne manquait, pour couronner cette production de succès, qu’une mise en scène énergique, volontiers caricaturale, jouant sans cesse sur les effets de groupes, les entrées et des sorties réglées au cordeau et au pas de course. On l’a eue, signée de Christophe Mirambeau ! Mais rien de tout cela n’aurait pu fonctionner sans l’abnégation, le talent et le courage des deux pianistes Nicolas Royez et Michaël Ertzcheid, qui ont ressuscité avec brio la version pour deux pianos de Yes !, façon Clément Doucet et Jean Wiener. Et si l’on retournait voir ce spectacle ? Nous, on dit Yes ! (11 octobre)

 

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