A Versailles, un opéra imaginaire pour les 30 ans du Concert spirituel

Jacques Bonnaure 19/10/2017
Après Montpellier, Bruxelles, Metz et Paris, la tournée anniversaire de l’ensemble fondé par Hervé Niquet, coproduite avec le Centre de musique baroque de Versailles, s’est terminée à l’Opéra royal.

Au programme, “Un opéra imaginaire”, savant montage de 38 extraits d’ouvrages lyriques français créés sous les règnes de Louis XIV et Louis XV, depuis l’Armide de Lully (1686) jusqu’à Callirhoé de Destouches et Dauvergne (1773). L’intrigue est semblable à celle de tant d’opéras du temps. En détournant chaque scène de sa situation originelle – mais sans changer un mots aux livrets, Benoît Dratwicki et Hervé Niquet ont imaginé l’histoire d’un Prince et d’une Princesse aux amours contrariés par une Reine magicienne jalouse, qui leur cause toutes sortes de tourments – occasion de déclencher tout ce que l’opéra baroque français compte de chaos (Les Eléments de Rebel), d’orages (Hippolyte et Aricie de Rameau), de tempêtes (Alcione de Marais), de tremblements de terre (Sémélé de Marais). Au moment où le Prince semble bien mort, tout s’arrange en un instant (ici, la cohérence logique du scénario est quelque peu prise en défaut, car la Magicienne a disparu sans laisser d’adresse), et tout finit bien au son de la Passacaille d’Armide de Lully.

Cet ouvrage a déjà le mérite de montrer l’homogénéité stylistique de l’opéra français entre Lully et Gluck. Même si l’on ne saurait confondre Charpentier et Dauvergne, les différences ne donnent jamais une impression de patchwork. Un tel spectacle permet également de découvrir des extraits d’ouvrages que l’on a peu de chances de découvrir en entier (quoique… sait-on jamais ?). Si Hippolyte et Aricie, Dardanus, Scylla et Glaucus ou Armide ne sont plus inconnus, il n’en va pas de même d’Achille et Deidamie de Campra, du Jugement de Pâris de Toussaint Bertin de La Doué ou d’Hypermnestre de Charles-Hubert Gervais.

Reinoud van Mechelen incarnait le Prince. Ce jeune ténor belge est idéal dans les rôles français de haute-contre requérant une voix naturellement haut placée à la projection efficace comme celle d’une trompette. Ajoutons que cette technique parfaitement maîtrisée se double d’une diction exemplaire, qui donne bien du relief à l’air de Dardanus « Lieux funestes ». Katherine Watson chante la Princesse, touchante et élégante dans le monologue arrangé en mettant bout à bout deux passages de Pyrame et Thisbé de Francœur et du Carnaval de Venise de Campra. Quant à Karine Deshayes, elle donne à la Reine magicienne une incontestable présence scénique, se mettant en scène, en dépit de la version de concert, avec un port…de reine. On regrettera que son registre grave soit désormais amenuisé alors que le médium et l’aigu lui confèrent beaucoup d’autorité dans les passages les plus dramatiques comme le Monologue d’Hercule mourant de Dauvergne.

Les chœurs et l’orchestre du Concert spirituel sont, comme de coutume, splendides de précision, de couleurs, de dynamisme et de sensualité sonore. En trente ans, Hervé Niquet a su créer un son et un style.

Un petit impromptu suivit le concert, animé avec l’esprit qu’on lui connaît par l’heureux chef qui remercia les partenaires du Concert iprirituel et fit chanter à toute l’assistance un vibrant « Joyeux anniversaire », accompagné par les chœurs et l’orchestre. L’auteur de cette chronique pourra donc dire sans mentir qu’il s’est produit à l’Opéra royal sous la direction d’Hervé Niquet ! (18 octobre)

 

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